Poutine, séduction ou viol

Si certains cherchent à séduire ceux ou celles qu’ils veulent convaincre ou posséder, quelques psychopathes préfèrent le viol, incapables d’imaginer une volonté ou un sentiment légitime opposé aux leurs. Vladimir Poutine a choisi le viol.

Formé par le KGB, il n’imagine pas un instant que les peuples puissent avoir une voix, des désirs, des souhaits, une volonté.

Formé dans une URSS qui a utilisé la violence contre tous les peuples qu’elle avait soumis (dont le sien) et qui voulaient un peu de liberté, il oublie ou réécrit l’histoire : conquête de l’Ukraine incorporée à l’URSS en 1922,  organisation méthodique de la grande famine de 1932-1933 qui fit entre 2.5 et 5 millions de morts en Ukraine et 1.5 au Kazakhstan , purges de 1937[1], pacte germano-soviétique avec Hitler en 1939 se partageant (sans l’avis des nations concernées) la Pologne[2], la Finlande, et les pays baltes.

Il occulte encore, la guerre de Corée en 1950 déclenchée par le régime communiste avec l’appui de l’URSS, la construction du rideau de fer et du mur de Berlin empêchant tous les citoyens des pays colonisés d’émigrer, les répressions de Berlin en 1953, de Poznan en 1956, l’écrasement de Budapest en 1956, celui de Prague en 1968 ou de Pologne en 1980, la guerre d’Afghanistan en 1979 pour défendre un régime communiste effondré, parmi tant d’autres.

Il occulte sa guerre en Tchétchénie en 1999, celle contre la Géorgie en 2008, l’attaque contre l’Ukraine en 2014.

Il occulte le soutien systématique de la Russie à tous les mouvements extrémistes des pays occidentaux[3], l’achat de politiciens véreux[4], la désinformation massive par tous les moyens disponibles, les incessantes cyberattaques, ses interventions inadmissibles dans les processus électoraux ici ou là.

Il néglige l’influence sur l’opinion[5] mondiale de son soutien à tous les régimes pourris du monde, Bachar el Assad en Syrie, l’armée en Birmanie, Maduro au Venezuela, Loukachenko en Biélorussie, Daniel Ortega au Nicaragua… n’hésitant là encore sur aucune violence et montrant son immense mépris pour les vies humaines.

Prêtant à tous ses propres comportements, il imagine partout des complots qui auraient manipulé les peuples et ne peut admettre que sa propre attitude ait tant effrayé les pays voisins qu’ils cherchent tous des protections auprès de qui peut en donner.

Il parle d’une menace de l’OTAN, mais les seuls conflits touchant l’Europe, dont celui en Ukraine, l’ont été à son initiative.

Il recourt donc au viol, faute de pouvoir séduire, n’ayant aucune perspective à offrir que son propre échec : espérance de vie, nb d’années à la retraite, santé, mortalité covid, natalité, indice de développement humain, liberté de la presse, indice de démocratie, bilan carbone, pollution… le tout masqué en partie par la rente pétrolière et gazière et un supposé pacte faustien avec l’autre grande démocratie du monde, la Chine.

De plus en plus enfermé dans son dernier carré d’affidés, le dictateur russe a fait taire toutes les voix un tant soit peu dissidentes. Comme tous les dictateurs de l’histoire, il offre de plus en plus de privilèges à des soutiens de plus en plus rares, il laisse de plus en plus de place à ses colères et à ses excès : il suffit de voir comment il s’est lui-même échauffé lors de la conférence de presse suivant son entretien avec Emmanuel Macron, comment il s’est progressivement excité dans son discours annonçant la reconnaissance des rebelles ukrainiens et comment il a explosé dans le discours sur l’entrée de ses troupes en Ukraine allant jusqu’à parler de dénazification !!! Un douloureux remake du Dictateur de Charlie Chaplin.

En tout état de cause, comme tout l’annonçait depuis plus de 10 ans, M. Poutine est allé au bout de sa folie et la seule chance du monde est que les russes eux-mêmes s’en débarrassent, rapidement.

Pendant ce temps-là, l’OSCE discourrait, à Munich, ça ne s’invente pas ! Et pendant ces 10 ans, les pays européens se sont enferrés dans le dérisoire privilégiant toujours l’émotion au stratégique, l’instantané au moyen terme. L’Allemagne en premier, renonçant au nucléaire pour des peurs excessives et une coalition qui avait besoin des verts, s’est livrée pieds et points liés au gaz de la Russie. L’Allemagne encore qui a refusé le coût et le risque d’une défense européenne sérieuse, et tout cédé pour pouvoir vendre ses produits et en tout premier lieu ses mirifiques berlines. La Grande Bretagne qui par une idéologie dévoyée a préféré le Brexit à une organisation politique de l’Europe. Les fondateurs de l’Europe, englués dans des rivalités ridicules qui ont oublié de construire un peuple européen. Les ex pays de l’Est enferrés dans un ridicule nationalisme alors qu’ils seront les premiers perdants de la nouvelle politique russe. Tous les peuples d’Europe refusant tout effort, notamment d’armement au profit d’un naufrage cumulant perte de valeurs, laxisme budgétaire, disparition du civisme, cupidité et loisirs illimités. Sans parler des médias qui refusent tout sujet de fond pour se livrer à l’insignifiant, au dérisoire, au spectaculaire (le sujet du jour de l’envahissement était le rôle d’un chien dans une élection primaire !!!). Le soir de l’invasion, sur une grande chaine nationale, un « grand débat » sur les sanctions se demandait si on pouvait prendre le risque d’un carburant à 2€/l ! Et Mme Le Pen, dont la campagne électorale de 2017 a été financée par la Russie, se demandait si les sanctions ne nous couteraient pas trop. Sans parler de M. Zemmour qui « rêvait d’un Poutine français »  ou de M. Mélenchon dont les contorsions sur le sujet laissent dubitatif! Et l’on finira par quelques sanctions économiques qui ne nous coutent pas trop cher et auxquelles M. Poutine s’est préparé depuis 2014. Triste impuissance d’un occident épuisé.

S’il ne finit pas de tout détruire, M. Poutine permettra peut-être aux citoyens européens de réfléchir avant de voter pour n’importe quel populiste ambitieux et à l’Europe de se ressouder pour se consacrer désormais à l’essentiel. Le pire n’est qu’une hypothèse.

[1] Les procès de Moscou donnent le signal du début de purges massives. La phase la plus violente se déroule de fin 1936 à 1938, et coïncide avec la Iejovschina. Durant ces deux années, la répression fait plus de deux millions de victimes, dont 725 000 exécutions  (wikipedia)

[2] Qui y massacra en 1940 une forte partie des élites non communistes, voir entre autres, massacre de Katyn

[3] Soutien qui rencontre parfois celui des républicains américains derrière Donald Trump.

[4] On peut penser notamment à M. Fillon ou à l’ex chancelier Schroeder

[5] Pour être complet, l’idée même d’opinion est étrangère à son univers mental

 

Petit rectificatif sur le passé de l’Ukraine réécrit par M. Poutine

Concernant l’Ukraine, Vladimir Poutine cherche à faire de la Russie, un successeur des Rus’ de Kiev[6] qui furent du IXe au XIIIe s une principauté prospère avant de se décomposer et d’être détruite par les mongols en 1240. Le territoire de l’actuelle Ukraine fut ensuite dominé par la Pologne, la Lituanie, et pour partie par les turcs avant que sa partie est ne soit annexée par la Russie en 1654 pour faire pendant au joug polonais. L’essentiel du reste fut annexé par Catherine II en 1793 dans un découpage de la Pologne, le résidu restant en Autriche Hongrie jusqu’en 1917.

Après une chaotique indépendance en 1917, l’armée bolchévique russe, malgré une insuffisante intervention franco-britannique à Sébastopol et Odessa, reconquit l’Ukraine qui fut incorporée à l’URSS en 1922 et soumise avec une immense brutalité durant près de 70 ans cumulant de tragiques famines[7], les grandes purges de 1937, la russification forcée, le goulag…

La fin de la 2e guerre mondiale voit la conférence de Yalta définir des « zones d’influence » prévoyant aussi « des élections libres dans les États européens libérés, les trois alliés s’engageant à « constituer des autorités gouvernementales provisoires largement représentatives de tous les éléments démocratiques des populations et qui s’engageront à établir, dès que possible, par des élections libres, des gouvernements qui soient l’expression de la volonté des peuples » [8]. Le moins que l’on puisse dire est que la zone d’influence soviétique fut une colonisation politique et économique déniant toute liberté aux régimes et aux peuples soumis.

L’Ukraine retrouve son indépendance en 1991 quelques jours avant la fin de l’URSS. Depuis la Russie ne cesse de multiplier les provocations et les déstabilisations de l’Ukraine.

Pourtant, en 1994, l’Ukraine, du fait des armes atomiques soviétiques se trouvant sur son territoire était la 3e puissance nucléaire mondiale.

Elle abandonne tous ses armements nucléaires et signe le traité de non-prolifération en échange de garanties données par la Russie, les Etats-Unis et la Grande Bretagne dans le mémorandum  de Budapest du 5 décembre 1994 qui comprend notamment les garanties suivantes :

    • « 1. La Fédération de Russie, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et les États-Unis d’Amérique réaffirment leur engagement envers l’Ukraine, conformément aux principes énoncés dans l’Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, de respecter son indépendance et sa souveraineté ainsi que ses frontières existantes.
    • 2. La Fédération de Russie, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et les États-Unis d’Amérique réaffirment leur obligation de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l’Ukraine, et qu’aucune de leurs armes ne soit utilisée contre l’Ukraine, si ce n’est en légitime défense ou d’une autre manière conforme aux dispositions de la Charte des Nations Unies.
  • Ce texte a été confirmé  le 4 décembre 2009 par les mêmes signataires (dont Poutine qui était alors chef du gouvernement russe) sous le texte suivant :
    • « Le respect par ces États de leurs obligations au titre du protocole au traité START du 23 mai 1992 (Protocole de Lisbonne) et leur adhésion au TNP en tant qu’États non dotés d’armes nucléaires ont renforcé leur sécurité, ce qui s’est traduit, entre autres, dans les mémorandums de Budapest du 5 décembre 1994. À cet égard, les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie confirment que les assurances consignées dans les mémorandums de Budapest resteront en vigueur après le 4 décembre 2009. »

Faut-il s’étonner que l’Ukraine n’ait pas confiance dans les promesses de la Russie et que ces peuples soumis n’aient pas été séduits par la douceur de la Russie et se soient rués, dès qu’ils l’ont pu, vers l’Occident, espérant ainsi une protection contre l’éternel impérialisme russe ?

[1] Les procès de Moscou donnent le signal du début de purges massives. La phase la plus violente se déroule de fin 1936 à 1938, et coïncide avec la Iejovschina. Durant ces deux années, la répression fait plus de deux millions de victimes, dont 725 000 exécutions  (wikipedia)

[2] Qui y massacra en 1940 une forte partie des élites non communistes, voir entre autres, massacre de Katyn

[3] Soutien qui rencontre parfois celui des républicains américains derrière Donald Trump.

[4] On peut penser notamment à M. Fillon ou à l’ex chancelier Schroeder

[5] Pour être complet, l’idée même d’opinion est étrangère à son univers mental

[6] Parfois appelée Ruthénie en Français. Pour l’anecdote (qui nous donnerait peut-être des droits ???!!!) Anne de Kiev fille du grand prince de Kiev épouse en 1051 le roi Henri 1er de France, lui succède comme co-régente de France en 1060. Son fils Philippe 1er régnera de 1066 à 1108.

[7] La grande famine de 1932-1933 sciemment organisée par le pouvoir soviétique fit entre 2.5 et 5 millions de morts en Ukraine

[8] Les trois alliés sont les USA, l’URSS et la Grande Bretagne, la France ne sera ajoutée qu’ultérieurement. cf. Communiqué final en annexe : Déclaration sur l’Europe libérée) ;

NB: la photo de titre est une photo de la prison de Karosta en Lettonie, célèbre prison soviétique qui a laissé de bien tristes souvenirs

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