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Quelques mots à propos de Claude, Daniel Vermot-Gaud

J’interviens ici comme diacre permanent de L’Église catholique et comme vétérinaire praticien de l’Orne et ami de Claude : ces divers  aspects sont fortement mêlés. Et je souhaite les partager avec vous qui êtes venus rendre hommage à Claude Meurisse et entourer sa famille.

Il faut dire que parmi mes confrères il n’y en a sans doute pas beaucoup avec lequel les liens furent aussi forts et durables. Notre confraternité s’est progressivement transformée en amitié respectueuse sur une durée de 50 ans. Une amitié qui était partagée par nos épouses car Odette était très présente aux cotés de Claude. Il l’entoura d’une affection sans faille jusqu’au bout. Malgré son décès Odette est restée bien présente dans les pensées de Claude qui d’ailleurs ne quitta pas leur maison…où celui ci vous servait le thé avec un rituel resté intact au fil du temps.

Il faut dire que Claude était exigeant pour lui même et pour les autres (comme le sacro-saint respect des horaires par exemple). Il était de ces hommes que l’on souhaitait ne pas décevoir : nous savions pouvoir compter sur lui comme il comptait sur nous !

Curieux de tout il suivait l’actualité et utilisait les médias modernes pour communiquer comme internet ; son appareil photo ne le quittait pas. Certes plus récemment son opinion était quelque peu désabusée sur les évolutions sociétales mais cela ne l’empêchait pas d’aller de l’avant avec toute l’énergie que nous lui connaissions et peut être même que nous lui envions parfois.

Mais je souhaite surtout rendre hommage au vétérinaire en mon nom et au nom de  toute la profession vétérinaire. Je veux saluer l’engagement de Claude et d’Odette au service de cette profession d’abord comme praticien ici à Bellême pendant près de 40 ans (voir l’intervention de Gilbert Adeline) mais aussi comme président du syndicat vétérinaire de l’Orne de nombreuses années (fonction à laquelle je lui  succéderai). Plusieurs confrères de l’Orne sont présents.  Il fut aussi un membre actif du syndicat régional et trésorier du syndicat national des vétérinaires.

S’il défendait vigoureusement la profession il le faisait avec le souci de collaborer avec les divers interlocuteurs du monde rural.  A ce titre, à une époque où cela n’allait pas du tout de soi (nous sommes dans les années 50/60), il participera à l’élaboration et la réalisation sur le terrain des plans de prophylaxie des maladies des animaux comme l’éradication de la tuberculose, de la brucellose, et la lutte contre la fièvre aphteuse etc.

Retraité depuis 1990 il s’impliqua encore  dans l’association des vétérinaires retraités participant à presque toutes les activités proposées  avec toujours autant de passion. Je laisse aux fils de Claude le soin de prendre la suite …

Daniel Vermot-Gaud vétérinaire

Texte de Jean Claude

Papa,

J’ai passé les dernières heures auprès de toi
accompagné de Jacques et Liliane
et des personnes du service hospitalier d’Alençon,
admirables, notamment les personnes travaillant la nuit.

Je savais que c’était un privilège d’être auprès de toi,
et  je pensais à Gilles et Milène, à tes petits enfants, à Nina en particulier, si loin, et  qui ne pourraient pas arriver à temps. Tu  as parlé, pourtant, avec chacun d’entre eux, au téléphone jusqu’au dernier jour.

Le diagnostic était tombé, sans échappatoire.
Et toi sans t’y attarder, tu semblais satisfait
d’avoir trouvé le repos dans ce lit d’hôpital,
enfin un soulagement à ta douleur du matin.

Dans ce lit, tu retrouvais ta tranquillité physique et tu me disais les choses en cours, ne pas oublier le poisson rouge, l’enveloppe sur ton bureau à envoyer…le paiement d’une amende !

En t’écoutant, je savais que la gravité de ton état tournait dans nos têtes, nous les quatre médecins de la famille à la recherche obsédante d’une piste pour te soigner.

Notre révolte devant la défaite !
On pourrait dire que la défaite était ton seul ennemi
tu savais si bien la combattre
la détourner, la dépasser par ton courage, ta volonté
ta détermination, tes savoirs.

Combien de fois nous as tu dit :
il ne faut jamais s’avouer vaincu avant d’avoir gagné !

Quelle jolie phrase, quel guide pour la vie, dit avec cet humour malicieux  que tu aimais tant pratiquer !

Et puis au fil des heures tu t’en allais peu a peu vers le sommeil,
alors je repensais à tous nos moments partagés
à ta discrétion, ta réserve, ta pudeur, tes colères aussi,
ta curiosité pour tout, ton besoin d’apprendre, ta capacité à voir les différences chez les autres et à t’y opposer si besoin.

Tu gardais tant d’amis, de relations, de tous les âges, de tous les milieux. Et tu mettais en lien tout ce petit monde.

Pour nous tes enfants, je dirais même  les enfants de la famille, tu as été un appui, un soutien et une opposition critique et bienveillante.
Le véritable amour pour les enfants n’est ce pas exactement cela ?

En milieu de nuit , juste avant ton dernier souffle, il m’est venu une phrase tellement bizarre

Ça valait vraiment le coup de te connaitre !
et je suis très fier d’être ton fils.

Texte de Gilles

Papa est mort, à 93 ans, brutalement comme il l’avait souhaité, serein, libre, autonome créant la stupeur chez tous, tant l’âge semblait l’épargner.

Un immense livre se ferme, un livre d’humanité, de famille, d’amitié, de tolérance, de curiosité, d’indépendance, de liberté, d’énergie, de frugalité, de pudeur, de volonté, un livre qui nous a construits et accompagnés depuis notre enfance, un livre qui fit, avec Maman, notre bonheur.

D’une jeunesse qui connut la crise de 1929, la montée des fascismes, 5 ans de guerre et ses privations, il avait retenu la nécessité du dialogue et compris l’importance du politique, capable du pire quand on l’abandonne à l’exaltation des passions.  Il fut notamment, durant 24 ans, conseiller municipal de Bellême.

Des auberges de Jeunesse de la libération, il retint la force de l’amitié et du collectif, le sens du devoir, le respect d’autrui, la nécessité de l’engagement concrétisé au sein de l’Union Sportive de Bellême, de l’amicale laïque, des instances vétérinaires et de nombreuses autres associations.

Des années noires, il retint la frugalité, l’horreur du gâchis, l’écologie avant l’heure, la capacité à apprécier chaque instant, la nécessité de l’effort.

Mais Papa, c’était aussi :

-L’insatiable curiosité aux autres, au monde, à la découverte, aux voyages.

-L’indépendance et la liberté, d’action, de pensée, de parole jusqu’au canular, voire à l’insolence quand l’autorité lui paraissait absurde.

-Le devoir, notamment dans un travail acharné, qui ne semble pas avoir nui à sa santé et qu’il sut concilier avec la famille, l’engagement associatif ou communal, la prise de responsabilités.

-La capacité ferme à faire grandir son entourage et à éduquer les enfants plutôt qu’à les séduire, ce que nous n’avons pas toujours apprécié à sa juste  valeur sur le moement.

-L’écoute, la capacité au dialogue pacifié avec les interlocuteurs de toutes opinions, et la modération qui firent de lui un arbitre recherché.

-Enfin, l’optimisme et l’efficacité dans l’action teintés d’une pessimiste lucidité dans la réflexion.

Le monde actuel lui paraissait parfois bien loin de l’idéal de ces années-là.

Merci à tous d’être ici aujourd’hui, pour partager avec nous ces souvenirs.

Son bonheur était simple et il avait retenu le secret du Renard du Petit Prince : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». J’ajouterai même, sans risque de le trahir, « et indescriptible par les mots ».

Merci Papa. Dans la boulimie émotionnelle de l’époque, Maman et toi avez choisi les vertus de la frugalité et de la pudeur.

Aux débordements de l’émotion médiatique, vous avez préféré le silence du cœur.

Au verbiage lénifiant et sournois qui la cache, vous avez préféré l’observation lucide de la réalité.

Dans une société d’individualisme égoïste vous avez vécu par et avec les autres. Je ne sais pas si la bonté rend heureux, tu as en tous cas démontré qu’elle rend la vieillesse sereine.

Nous avons compris ton exemple : la vraie liberté n’est pas de suivre ses pulsions, c’est de les maitriser.

Merci Papa, tu resteras dans nos cœurs, toujours, exemple sans doute inaccessible, mais refuge accueillant à nos peines et modérateur de nos envies.

Merci Papa de nous avoir tant aimés. Nous n’oublierons pas.

 

Texte de Nina

Mon très cher Papi,

La route défile. On est presque arrivé. Demi-tour devant le Crédit Agricole, pour mettre la voiture dans le bon sens. Le portail est déjà ouvert. On avance doucement. Ça passe, tout le monde le sait. Mais la manœuvre est délicate.

On décharge la voiture. On monte par quatre les marches pour venir t’embrasser. Tu nous questionnes sur la route et tu nous demandes : quelle chambre on choisit, si une soupe va à tout le monde, avec une salade de choux fleur aux crevettes. On valide et on réfléchit aux repas des jours suivants.

Je prends mon sac et je file dans la chambre du fond, sans oublier de faire glisser le tapis. Dans la chambre je vérifie que le serpent est toujours dans son bocal de formol, que la couette à fleurs est à sa place. Je la prends avant que JB ou Vincent ne la prennent. Ensuite, visite des écuries à la recherche de l’objet rare ou de quelque chose à bricoler.

Dans ces jours passés à Bellême, on t’entendra dire, les yeux mi-clos, que tu ne dormais pas. Que la salle de bain est libre, alors que nous sommes au petit déjeuner depuis 20mn. Que c’est fou qu’on ne sache pas que Gilles et Milène sont en voyage, et tu me feras croire que JB et Clara ont trouvé une ferme dans le Sud pour s’y installer. On aura la joie d’entendre une anecdote sur la farce que tu n’auras pas pu t’empêcher de faire et on aura aussi tes commentaires sur les politiques actuelles. On reparlera de nos vacances et des cousinades. De ce qu’on a trouvé sans que tu le vois. Et des kilos de framboises englouties.

Et je me dis que j’aimerais bien que Marius connaisse la liberté qu’on a eu ici. Les vacances à la campagne, les cabanes dans les arbres, tes opérations sur les chats, les repas à heure fixe, Charlie Chaplin et les pique-niques en voiture.

Je te revois lui donner le biberon avec tes yeux rieurs. Et ça me plait.

Je te remercie mille fois. Et mes mots sont faibles. On s’est construits à Bellême, on a grandi ici, on a appris à se connaitre. Tu es un Papi et un homme dont je serais fière toute ma vie. Tes anecdotes, ton humour, ta force seront toujours avec nous.

Je t’embrasse jusque là où tu es.

Nina.

 

Texte de Brigitte

Cher Claude,

Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours eu un faible pour les hommes au caractère rude. Peut-être parce que, comme certains fruits délicieux, il ne faut pas se fier au premier regard mais regarder sous la coquille, soulever la peau, pour trouver une chaire savoureuse et réconfortante.

Vous vous montriez volontiers –il y longtemps- sous l’aspect d’un homme que la besogne ne rebutait pas, vétérinaire reconnu et très actif menant au pas de charge votre vie professionnelle. Et gardant bien à l’abri, émotions et manifestations de sensibilité. Il fallait tenir bon.

Pourtant, une fraîcheur, une liberté de penser joyeuses et rares, se manifestaient sans cesse, comme mine de rien. Et se sont laissé voir de plus en plus au fil du temps.

M. Petit, mon cher Papé, qui avait eu la finesse de repérer vos grandes qualités humaines et votre sagacité professionnelle –« sagace » est un adjectif qui restera à jamais attaché à vous- Papé donc, qui vous avait proposé de vos associer à lui dans les années 50, disait de vous que vous aviez un humour potache. Certaines de vos blagues sont restées célèbres.

Mais je voudrais vous dire que je garderai de vous un petit détail de notre dernière rencontre, détail qui n’est pas une blague, et qui m’a touchée par sa simplicité, comme un aveu sans fard de votre profonde sensibilité.

Depuis le mariage de JB et Clara, vous avez gardé le poisson rouge qu’ils avaient inclus dans la décoration des tables. Il vivait depuis 4 ans dans un petit bocal sur la table de la salle à manger. Il y a 4 semaines, en arrivant à Caen avec Noé, votre arrière-petit-fils, chez son grand père Papito (votre fils Jean-Claude) pour qu’il y retrouve ses parents JB et Clara, je vous ai entendu dire qu’il y avait une surprise sur la table. Vous aviez apporté avec vous, dans une grande bouteille en plastique qui avait déjà beaucoup servi, votre poisson rouge. Un poisson rouge voyageur, c’est rare.

Et nous avons ri. Mais, avez-vous dit simplement, c’est que vous ne pouviez pas le laisser seul chez vous pendant votre séjour à Caen.

Il n’y avait là aucun humour. Simplement la marque, touchante de spontanéité, de votre attachement à ce minuscule animal.

Vous êtes un homme qui a beaucoup compté dans ma vie. Je crois que nous avons pu nous en parler. Vous avez pu vivre au fil du temps, surtout depuis la mort d’Odette, avec la tendresse et la sollicitude que vous ont manifestées vos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Vivre aussi des liens paisibles et doux qui vous ont accompagné jusqu’au terme de votre vie. Et j’en suis heureuse.

Vous rejoignez à présent Odette qui vous a tant manqué ainsi qu’à nous tous. Et si vous en avez l’occasion, saluez ceux qui nous ont quittés avant vous.

Brigitte

Texte de Gilbert Adeline

Simplement quelques mots en hommage à Claude Meurisse,

J’ai travaillé pendant 25 ans aux côtés de Claude Meurisse. Arrivé à Bellême en 1965, notre collaboration a duré jusqu’à son départ à la retraite en 1990.

Ce long compagnonnage m’a permis de connaître un confrère courageux prévoyant et lucide.

Il faut dire qu’à cette période, à Bellême, la médecine vétérinaire était essentiellement rurale, qu’elle soit équine (poulinage de percheronne – avec une arrivée sur place dans les 20 à 30 minutes suivant l’appel) ou bovine (médecine, vêlage, césarienne) ou ovine et accessoirement canine. Depuis cela a bien changé.

Par ailleurs la population rurale était plus importante et dans les bourgs avoisinants on trouvait de petites étables de 3 à 4 vaches appartenant à de petits exploitants ou à des fermiers retraités et cela pouvait expliquer que l’on soit au travail pendant la garde pendant 2 jours de suite sans dormir, et aussi que l’on commence la journée à 7h.

Passionné par sa profession, adepte du travail bien fait, Claude Meurisse a dirigé moralement et pratiquement ( travail-comptabilité-commandes) avec une autorité naturelle, parfois pointilleuse, mais qu’il a su transmettre progressivement.

Dans cette activité débordante il paraissait infatigable. Dur au travail, il ne s’épargnait pas. Ponctuel, il était toujours prêt le premier.

Et cependant, il trouvait le moyen de se dévouer à la cause vétérinaire dans le département (il fut longtemps président des vétérinaires de l’Orne). En plus il avait des responsabilités nationales. Il arrivait à mener tout de front.

Et c’est aussi pour le souvenir d’un homme de qualité que, tous ensemble réunis dans cette église, nous adressons un vibrant

« Adieu à Claude Meurisse »

Texte de Jean Jacques

Cher Parrain,

Nous voilà tous  réunis dans une profonde tristesse, tu es parti brutalement et nous nous retrouvons un peu « groggy » par ce départ soudain . Nous te croyions inamovible ; toi et papa, vous formiez  les piliers de la famille et nous voilà tout désorientés.

Je te revois encore aux vacances de la Toussaint plein d’entrain, au volant de ta voiture, faire des allers -retours entre la maison pour voir papa qui ,à l’époque ,était mal en point, et le cimetière pour te recueillir sur les tombes fleuries de tes parents, nos grands-parents.

Comme cet été, où tu avais toujours des histoires drôles, désopilantes à nous raconter, que tu trouvais sur internet et que tu tenais à nous faire partager avec bonne humeur et un brin de malice.

Rien concernant l’actualité et la politique ne t’échappait ; les journaux , tu les dévorais et nous en avions un compte-rendu bien critique .

Ta retraite, tu l’avais bien méritée après des années à arpenter la campagne autour de Bellême, jour et nuit,avec une conscience professionnelle exemplaire. De nombreuses personnes ici peuvent te remercier pour toute l’aide et le savoir-faire que tu leur as apportés.

Tu aimais bien raconter  des anecdotes, je me souviens particulièrement  de celle où tu avais reçu un appel en pleine nuit, après une journée de travail bien remplie (et tu savais que le lendemain serait une journée  tout aussi harassante) .En  cette nuit épuisante, tu avais retrouvé le sourire en entendant à la radio de ta voiture la chanson de Henri Salvador «Le travail, c’est la santé !)

Cette anecdote illustre bien ta philosophie de la vie : du travail certes mais toujours avec de la  bonne humeur et une envie de voir le côté positif des choses.

Je te remercie toi et marraine  Odette, d’avoir reçu avec beaucoup de gentillesse et de chaleur nos deux fils , lorsqu’ils étaient en vacances chez nos parents. Ils ont passé de bons moments auprès de vous et je peux te dire qu’ils ont tout fait pour être là aujourd’hui auprès de toi.

Mon cher parrain,tu nous quittes après 93 ans d’une vie bien remplie,dont tu peux être fier tant sur le plan professionnel que familial .Nous n’entendrons plus ta voix mais nous n’oublierons pas les moments privilégiés que nous avons partagés ensemble avec toi et tu continueras ainsi à vivre dans nos cœurs.

Homélie de Daniel Vermot-Gaud

Sg 2,23 ; 3,1-6.9  Psaume 14  Mt 25,31-40

Comme pour beaucoup d’entre nous il n’était pas aisé de savoir comment Claude se situait par rapport à la foi. Sujet que l’on aborde peu etre amis, ni d’ailleurs en famille. Il était très respectueux de ceux qui s’engagent  en raison de leur foi : il créa d’ailleurs des liens d’amitié avec tous les curés de Bellême relayés me semble t il par ses fils. Claude était présent à mon ordination diaconale où nous avions distribué un souvenir à chaque participant. 15 ans après celui ci était toujours visible sur la table de la salle à manger du couple. Je suis même à peu près sûr que Claude mettait un point d’honneur à  vivre selon une éthique chrétienne alors que son histoire l’avait éloigné de L’Église institutionnelle.

C’est pourquoi je suis heureux de participer en tant que diacre à cette célébration religieuse et de faire sans état d’âme  un lien entre la Parole de Dieu que les garçons de Claude ont choisi et quelques aspects de la vie de celui ci.

L’évangile indique clairement sur quoi  nous serons jugés dans une vision assez redoutable de jugement dernier. Mais Dieu merci des exemples concrets sont proposés. Ce qui me touche c’est l’insistance sur les besoins fondamentaux de de l’Homme comme la faim, la soif, la nudité et ceux de grande détresse comme la maladie, le déracinement ou la perte de liberté. Nous ne sommes pas toujours appelés directement à ces gestes bien précis d’attention fraternelle, mais d’autres attitudes tangibles d’accueil et d’amitié signeront notre contribution à rendre notre monde plus humain. Ce qui le rend plus proche du plan de Dieu sur l’humanité.

Claude dans sa vie familiale, professionnelle et ses engagements associatifs y compris dans la gestion de la cité en a pris sa part :  je retiendrais entre autre sa grande fidélité en amitié stimulée par sa capacité à créer des liens forts et à les garder :  pour ne prendre qu’un seul exemple je pense à ceux gardés depuis plus de 60 ans avec une famille de Flers où il travailla à ses débuts. Ou encore, même si sa première préoccupation et sa fierté fut la famille qu’il avait fondée,  il n’oubliait pour autant personne, ce qui lui valait de faire des tours de France familiaux et amicaux à la rencontre de personnes âgées moins en forme que lui…quelques fois même en Ehpad et qu’il visitait. Avec son épouse Odette  ils ont toujours été attentifs aux diverses situations difficiles que pouvaient traverser les confrères : maladies, veuvages, situation familiale ou professionnelle compliquées.

Mais au terme de notre vie nous pouvons légitimement nous poser la question avec le psalmiste : Qui habitera dans ta maison Seigneur ?

Claude Meurisse par lui-même

Bien chers tous et toutes, chers amis,

Il y a 20 ans, nous étions à Bayeux pour fêter les 70èmes anniversaires d’Odette et moi. Et je me rappelle vous avoir dit : « la prochaine réunion de famille, on la fera à l’hôtel Meurice, à Paris, surtout que ma filleule Claire, ici présente, y a ses entrées. Alors on a contacté l’hôtel Meurice, on nous a répondu que tout était complet, plein de Qatari et autres Emirati, alors on a décidé de rester entre nous, ici, dans le Perche. Alors nous voici à Bellême.

Début novembre dernier, un certain nombre d’entre nous assistait à l’évènement du siècle, le mariage de Clara et JB (même qu’aujourd’hui ils sont venus à 3). Toutes nos félicitations et nos meilleurs souhaits. Leur bonheur en tous cas rejaillit sur moi.

En ce dimanche de Pentecôte, j’ai la très grande joie de voir réunis autour de moi, et à Bellême, tous les gens qui me sont les plus chers, la quasi-totalité de la famille, venant –pour les plus éloignés- de la frontière belge, d’Antibes, de Carcassonne, de Castres, de Brest, de Montpellier, etc…Sans oublier mes quatre petits-enfants et mes trois arrière-petits-enfants et mes deux filleules. A tous, j’adresse mes remerciements les plus chaleureux et les plus affectueux, votre présence me touche énormément, d’autant que ce déplacement a dû créer, pour certains d’entre vous, quelques problèmes ou  difficultés.

Cette réunion, je la dois avant tout à Gilles et Milène, à Jean-Claude et Marie, à Jacques et Liliane qui en ont pris l’initiative et en ont mené à bien la réalisation. Je les remercie d’avoir transformé un de mes rêves en réalité.

Ils auraient bien pu attendre passivement ma disparition et la traditionnelle réunion de famille qui suit. Ils ont préféré anticiper (mot que Milène affectionne et pratique) et, au moins, je peux y assister et en profiter. Alors encore merci à tous.

J’ajoute que quotidiennement, je suis cajolé, dorloté et même souvent nourri par ces mêmes enfants, frère, leurs épouses…

Je voudrais, si vous le permettez, au risque de heurter certaines personnes, ajouter un petit clin d’œil, de génération à génération. En ce début du 21ème siècle, les liens familiaux se modifient, se distendent, se raréfient ou se diversifient avec la multiplication des familles décomposées, recomposées ou autres, sans parler du mariage pour tous.

Les anniversaires entre copains ça marche. Les pots entre collègues de travail, à l’arrivée, au départ, à la retraite, etc…, ça marche, les cousinades ça marche, la vie associative ça marche, les congrès ça marche, les mails ça a eu marché, ça marche moins bien, supplantés par les tweets, selfies et autres couillonnades de Facebook et compagnie. Moi, mon choix est fait, je préfère de loin ces retrouvailles, ces réunions de familles avec des amis très proches et j’adore cette journée, alors une dernière fois MERCI.

En cette journée de rassemblement percheron familial (tiens, on a recréé le RPF) je voulais avant tout éviter les sujets qui fâchent, toute insinuation ou allusion malveillante, ambigüe ou conflictuelle. Je mets donc mon esprit caustique en bandoulière, et vais chercher autre chose dans ma besace.

Alors de quoi vais-je vous parler ? A force de cogiter, je crois avoir trouvé un sujet consensuel. Devinez…

Sauf erreur de ma part vous êtes venus pour moi, alors je vais vous parler de moi …

Effectivement, beaucoup d’entre vous ignorent tout ou presque de mon parcours, alors pour vous laisser quelques souvenirs, je vais en évoquer ou en esquisser quelques-uns avant la fin de ce parcours.

Né à Alençon le 2-4-25, 33 mois avant mon frère, j’y ai fait des études primaires et secondaires, avec latin, grec, anglais. C’était l’élite à l’époque…

J’étais au lycée un élève moyen, du genre sauteur de haie, c.à.d. évitant la chute en se contentant de notes tournant autour de 10-11.

Jusqu’à mon célèbre bac, repassé en septembre à cause de l’Histoire, une histoire déjà racontée 100 fois : j’avais tiré un petit papier portant 2 mots « Monsieur Thiers ». Devant mon silence, la Prof.- pas sympa – me dit « Vous ne connaissez pas Monsieur Thiers », et moi de répondre naïvement « Non, je n’en ai jamais entendu parler ! » D’où, à la clé, un zéro bien mérité et j’ai repassé ça en septembre..

J’ai alors préparé le concours d’entrée aux Ecoles Vétérinaires. 2500 candidats pour 240 places, et j’ai été admis à Toulouse, comme interne.

Petite parenthèse : c’était en 1943, c.à.d. pendant la guerre, et d’Alençon à Toulouse, il fallait, en train, 2 à 3 jours de trajet avec plusieurs transbordements à pied avec nos valises, à cause des ponts coupés par les bombardements. Des trains bourrés, non chauffés, imaginez un peu. Quatre ans d’école vétérinaire, en plus sans chauffage, ni eau chaude. On a beau dire que c’est Toulouse mais je peux vous garantir que les hivers étaient froids. Une nourriture réduite au minimum et souvent de bien piètre qualité.

Sorti de l’Ecole en 47 à 22 ans sans service militaire mais avec un livret mentionnant « considéré comme ayant satisfait à ses obligations militaires », mariage à Toulouse en mai 49 avec Odette qui préparait alors – avec Jacques Dodeman- le Doctorat en Droit.

Et c’est à partir de cette époque toulousaine que, directement ou indirectement, une profonde amitié – qui se prolonge avec les descendants – jamais trahie depuis 70 ans, s’est nouée avec les Brullé, Dodeman, Laissus, Langlois. C’est d’ailleurs eux qui fournissent le contingent de nonagénaires aujourd’hui. Tout cela part de Toulouse.

Après un an d’assistanat à Flers, j’ai atterri ici à Bellême en 1948, parcourant jour et nuit et par tous les temps la campagne percheronne, au volant d’une jeep de l’armée américaine, non immatriculée plusieurs mois jusqu’à ce que je sois arrêté par une brigade d’un canton voisin alertée par celle de Bellême qui n’osait pas me verbaliser. Et ce jour là j’ai pris un pinceau, de la peinture blanche et j’ai écrit sur le parebrise « 22 » et en plus petit en dessous, « les flics ». Et puis j’ai eu la 1ère 2CV Citroën du département.

Je n’aurai pas l’outrecuidance de comparer cette époque avec l’époque actuelle, mais à ceux qui l’ignoreraient, je voudrais donner un petit aperçu de ces années-là.

La guerre venait de se terminer avec ses deuils, ses prisonniers (les hommes valides étaient rares), ses déportés, ses destructions, ses tragédies, les rationnements pour tout. Les voitures étaient rarissimes, comme les carburants, et pendant les 4 années d’occupation, les allemands les avaient réquisitionnées ainsi que les chevaux. Le téléphone, rarissime aussi, était à manivelle. Il fallait attendre, souvent de longues minutes, avant qu’une opératrice vous réponde.

Bien entendu, télévision et portables étaient inconnus, les routes – surtout en milieu rural – étaient en piteux état, les crevaisons fréquentes, les pannes également.

Les horaires de travail ? La comparaison avec l’époque actuelle est cruelle. Aujourd’hui on croule sous les lois St Bernard. Après la guerre il n’y avait aucune loi ni aucun règlement pour encadrer les horaires de travail, assurer la protection sociale, la santé etc…. C’était comme France Inter, 24H/24, 7j sur 7.

Petite anecdote : Gilles et Jean-Claude sont nés tous 2 à la maison en présence du médecin généraliste, pendant que, de mon côté, 2 urgences m’appelaient dans la campagne.

Pas question de 35h ou 40h, c’était le même régime dans toutes les professions. Jacques et Liliane sont là pour témoigner, le travail passait bien avant les loisirs et chacun s’y attelait avec passion et enthousiasme. C’est probablement pour toutes ces raisons que la fête, ou la nouba, c’est pas mon truc. Je ne me traine d’ailleurs pas avec une étiquette de comique, de marrant, de rigolo, mais plutôt avec une étiquette d’austère, de sévère, de sérieux et même de pas marrant et je dois reconnaitre que l’étiquette correspond au flacon et au produit. Mais mon choix est fait. Avec Odette, mon épouse pendant 60 ans, nous avons toujours préféré les contacts familiaux et amicaux aux grandes fêtes et cette journée d’aujourd’hui, apparemment, je l’adore. Alors, une dernière fois, Merci à tous.

Bref, après 42 ans de clientèle en association à trois et à ce rythme avec des activités municipales et associatives en plus, la retraite est arrivée, à plus de 65 ans, et sans regret. L’épouse, à l’époque, était la collaboratrice dévouée et bénévole, c’ est à dire non rétribuée, jouant un rôle ingrat et capital, de secrétaire et de tampon avec les clients ou les patients.

Bien entendu en vieillissant on a plus de souvenirs que de projets. Mais vieillir, c’est poursuivre une aventure commencée depuis la naissance. Notre corps est un capital, un héritage qui n’a pas été précédé par un testament. Ce capital il faut savoir le gérer, les médecins ici présents ne me démentiront pas. A chacun son dada mais il ne faut pas que le culte du bien vieillir soit une quête systématique qui vous rende zinzin.

J’ai lu récemment un rapport tout à fait officiel concluant qu’on était jeune jusqu’à 42 ans et que le vieillissement commençait à 64 ans. On trouve une bonne dose de vieux qui se veulent jeunes, mais très peu de jeunes qui se veulent vieux. Pourtant, Cicéron disait : « Pour être longtemps vieux, il faut le devenir de bonne heure ». A l’inverse quand on est jeune c’est pour la vie.

Certains reprochent aux gens âgés de voir les choses à travers un prisme déformant concourant au pessimisme.

Pour ma part, à l’instar d’Edith Piaf, je ne regrette rien, et si c’était à refaire je signerais des 2 mains à 98 ou 99% pour que tout se déroule de la même façon. J’ai cité Cicéron, je terminerai par une citation récente de B. Cazeneuve , ancien maire de Cherbourg, donc normand, notre Ministre de l’Intérieur : « Quand ça va bien, c’est pas pour toujours. Quand ça va mal, c’est pas définitif. »

Moi, j’appelle ça de la sagesse !

23 mai 2015

Claude Meurisse par Jacques Dodeman

Et bien voilà. C’est fait. On a 90 ans…

90 ans et plus de 70 ans d’amitié.

Ça a commencé, avec les filles, Odette et Yvette

Odette Molinier, de Carcassonne, Yvette Solanilla d’Agen, en 1942 à Toulouse

Elles étaient cothurnes, elles partageaient une chambre … une chambre ou plutôt un lit. Sous l’occupation, la population de Toulouse avait plus que doublé et les places étaient chères. Elles avaient finalement trouvé un lit, chez de vieux Toulousains bon teint. Le lit était dans un cabinet auquel on ne pouvait accéder qu’en traversant la chambre conjugale. Leurs Toulousains se couchaient tôt, et elles devaient traverser chaque soir   à pas de loup, en pouffant, la chambre où le maitre de maison, qu’elles avaient baptisé Ornifle, ronflait énergiquement sous un énorme bonnet de nuit destiné à le protéger du froid de gueux qui régnait  dans les appartements à cette époque sans charbon. Elles s’entendaient comme larrons en foire. Leur seule dispute  portait sur les couvertures. Odette qui était particulièrement frileuse entassait tout ce qu’elle trouvait, manteaux, coussins, les couvertures les plus lourdes. Yvette,  qui l’était moins, se débattait pour ne pas succomber sous le poids, mais Odette gagnait toujours.

Heureusement il y avait les nuits sans Ornifle, en fin de semaine,  à la belle étoile. Toutes deux s’étaient rencontrées aux Auberges de Jeunesse, baptisées sous le règne du Maréchal. « Camarades de la route ». C’était le seul mouvement de Jeunesse mixte à cette époque. Ailleurs, garçons et filles étaient rigoureusement séparés, réunis seulement par le culte du Maréchal. On s’est reconnus tout de suite. Et on ne s’est plus quittés . On marchait, on chantait, on dansait autour du feu, tard dans la nuit,  et on s’endormait en rêvant d’un nouveau monde sans frontières. Quelques fois terrorisés sur la route par une patrouille allemande, ou hélas française, qui nous arrêtait la mitraillette contre l’estomac, ou a nouveau optimistes à la suite d’une information venue de Londres. Nous n’avions pas 20 ans, ou guère plus.

Et puis Paris a été libéré.  Nous y sommes rentrés vite et Odette est restée seule. Pas longtemps…Jusqu’au moment où  tu as à ton tour rejoint les auberges…et le cycle a recommencé.

C’est en 1947, je crois,  que  vous êtes tous deux venus nous voir à Paris pour la première fois. On entrait dans la vie professionnelle. Vous aviez choisi la campagne et nous la ville. Toi le vrai métier de vétérinaire, courant les routes de jour et de nuit. Moi je parcourais le monde de l’après guerre, dans des conditions parfois acrobatiques elles aussi, mais tout était occasion de se retrouver, ne serait ce que pour quelques heures. Les enfants sont nés, ont grandi, tracé leur route, se sont mariés, ont fait carrière… et des enfants à leur tour. . Qui à leur tour…

Je ne vais pas te raconter ta vie, tu as eu la gentillesse de nous en parler il y a quelques instants, mais je  ne peux pas m’empêcher d’évoquer deux traits de caractère.

D’abord tes relations avec l’automobile. Je ne sais pas s’il y a des hommes troncs mais je sais que tu es un véritable homme châssis. Toi et tes voitures n’ont toujours fait qu’un. Elles étaient rares à la fin de la guerre et tu as eu en priorité une des premières Deux chevaux. Tous les modèles ont suivi, jusqu’aux caravanes  dans lesquelles tu as sillonné l’Europe, avec femme et enfants, entrainant même les amis Langlois aux fins fond de la Yougoslavie. Soixante ans plus tard, tu es toujours infatigable au volant, traversant la France à la moindre occasion pour visiter ton monde.

Et ton sens du canular, qui a résisté en toute circonstance  Le métier de véto, tel que vous le pratiquiez Odette et toi,  était plus que du plein temps. Mais tu as toujours trouvé la minute  nécessaire pour frapper. Même les gendarmes de Bellême, population peu encline à l’humour, y ont eu droit, jusqu’à ce que tu apprenne qu’une condamnation pourrait t’empêcher d’exercer le contrôle des bêtes et que tu te résignes à mettre la pédale douce en roulant de façon plus orthodoxe. Mais le meilleur, celui que n’ai pu oublier, nous concerne.

Nous étions en vacances lorsque tu es passé impromptu pour nous voir. Il n’y avait personne. Dans le beau monde, on aurait laissé sa carte de visite. Tu as jugé plus original et convivial d’aller  récupérer dans ta voiture une affiche , qui disait en grandes lettres noires sur fond jaune éclatant, visible dans le noir à 50 mètres, ATTENTION FIEVRE APHTEUSE, et de la coller sur notre porte. Ce n’était pas signé mais disait clairement et efficacement ton regret de nous avoir manqués. L’ascenseur passait, avec une sage lenteur, dans une cage a claire voie,  exactement en face de notre porte. Nous étions au premier étage. Le message ne pouvait échapper à personne.  Et l’émotion était grande lorsque nous sommes rentrés. En parlant beaucoup, nous l’avons a priori désamorcée à la longue, mais les visiteurs qui ne prenaient pas l’ascenseur passaient très vite au premier devant notre porte.. La contagion ne passe pas comme ça !

Et puis et puis. Yvette nous a quittés, puis Odette. Nous avons perdu nos moitiés d’orange. Nous nous sommes retrouvés bien seuls avec nos souvenirs … et nos nouvelles misères. Nos matins ne sont pas glorieux et nos soirs pas davantage. La suite, on ne sait pas trop, ou plutôt pas trop comment. On verra bien. On continue. Tant que ça roule…Mais quoi qu’il arrive, tu peux être tranquille : tu as bien rempli ton contrat.

Et je bois à ta santé !

Jacques Dodeman, 23 mai 2015