Discrédit des politiques et des médias, réflexions sur la transparence

Un ministre a fauté. De manière inexcusable et choquante.

Le désarroi du pouvoir semble total, la charge de l’opposition habituelle à défaut d’être normale: on ne manque pas une telle occasion d’oublier ses propres tourments.

Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans l’incroyable et impitoyable déchainement des médias qui oublient bien vite leur confortable silence des mois et des années passées. Nous reviendrons plus tard, sur le fond du comportement des medias mais, comme lors de chaque scandale, constatons simplement ici les faits : le rôle trop facile du justicier de la dernière heure, le sentiment d’invulnérabilité de qui tire sur les ambulances, la satisfaction de faire trembler les puissants et l’occasion de faire grimper audiences et tirages dans une conjoncture bien morose. Quelques-uns même n’hésitent pas à en rajouter un peu sur la réalité mais il est vrai que leurs difficultés économiques valent bien quelques écarts.

Malheureusement ce fonctionnement a quelques conséquences sérieuses en plus des dommages causés à nos tympans et à ce qu’il nous reste de neurones.

La principale, dans un monde de communication et de sondages, est qu’aucun pouvoir ne peut résister à cette meute hurlante et que tous ont été ou sont contraints à des actions  précipitées et irréfléchies pour tenter de la calmer. Ils augmentent ainsi irréversiblement la méfiance des peuples et préparent les critiques ultérieures de l’inefficacité de ces mesures précipitées.

Rappelez-vous comment ces medias déchiquetaient un ancien Président qu’ils jugeaient trop réactif et trop opportuniste et appelaient de leurs vœux un Président normal et réfléchi. Et comment ils ont immédiatement déchiqueté ce dernier dès qu’ils ont perçu le risque que faisait peser cette lenteur sur leur chiffre d’affaire et sur leur ennui.

On voit ainsi un pouvoir qui n’entend guère les citoyens tant le bruit des medias l’obsède, qui perd le sens de la réalité et s’égare dans des mesures mal réfléchies parce que trop immédiates.

Et l’on aboutit, comme toujours, à un pouvoir déboussolé qui multiplie les annonces approximatives, dans un chahut qui confirme leur impréparation.

De toute évidence, il faudrait un diagnostic clair et une sérieuse réflexion préalable avant toute annonce de mesure.

Or le diagnostic du discrédit des politiques n’est pas clair. Quel est le problème et pourquoi cette perte de confiance? Parce qu’ils mentent ? Parce qu’ils trichent ? Parce que leur fonction peut être source d’un enrichissement personnel anormal ? Parce qu’ils ont perdu le contact de la réalité ? Parce qu’ils sont impuissants à traiter nos problèmes ?

Sur le mensonge et la rouerie, au risque de choquer, l’histoire montre qu’ils sont quasi indispensables à toute politique et Spielberg, dans son dernier film, a magistralement rappelé comment Lincoln avait utilisé tous les mensonges, toutes les corruptions et toutes les roueries pour obtenir l’abolition de l’esclavage.

Sur l’enrichissement personnel, il y a certes, mais il y a toujours eu, quelques brebis galeuses dans nos démocraties (sans parler des multiples despotes qui sévissent de par le monde) mais cela entache-t-il la totalité de nos édiles ? On pourrait tout au plus reprocher à cette classe politique d’être bien tolérante vis-à-vis de ces écarts, dans son attitude, comme dans les textes promulgués. Mais est-ce très différent des corporatismes rencontrés dans d’autres professions où ordres et syndicats prennent quelquefois la défense de cas bien litigieux ?

Sur la perte du sens de la réalité ? Oui bien entendu, comme à toute époque. Mais plusieurs éléments ont aggravé le phénomène :

-L’incapacité des partis à écouter la population et la tentation de la facilité pour le pouvoir qui préfère discuter avec des groupes de pression plutôt qu’avec des citoyens.
-L’omnipotence de la presse, qui n’a pas toujours le temps, ni l’envie, de comprendre profondément la réalité, la masque totalement aux yeux des politiques et de leurs communicants et leur impose un rythme qui exclut  toute réflexion sérieuse (entendez autour de vous les avis de ceux qui lisent un article ou écoutent une émission sur un sujet qu’ils connaissent parfaitement).
-La présence des médias dans la plupart des débats ou des lieux de réflexion et d’échanges, qui les transforme trop souvent en cirque médiatique substituant la communication à la réflexion.
-La professionnalisation et l’homogénéisation excessives du métier politique qui empêche souvent nos édiles de partager et de comprendre la réalité quotidienne

Sur l’impuissance à traiter nos problèmes ? Elle est chaque jour évidente et on pourra y trouver de multiples raisons sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article. Mais citons ici simplement la nécessité, pour être élu dans nos démocraties médiatiques, d’impossibles promesses que la réalité démentira inéluctablement.

Et alors ? Ce n’est pas avec des mesurettes qu’un pouvoir retrouvera la confiance et la capacité d’agir. Il y faudra plus d’effort et de temps, celui de retrouver et de comprendre la réalité, celui de proposer clairement un diagnostic raisonnablement partagé, celui de désigner un cap clair, réaliste, crédible, en un mot un futur qui justifie les efforts du présent. Alors peut-être la confiance reviendra.

Pour être plus concrets, prenons un exemple. Pense-t-on que la publication du patrimoine des élus et hauts fonctionnaires résoudra le problème ? Bien sûr que non : elle n’est pas incontournable et l’imagination des tricheurs y trouvera des parades (patrimoine du conjoint non marié, donation aux enfants, hommes de paille….). Elle favorisera les jeux des medias, tant l’évaluation d’un patrimoine et plus encore le contrôle de son évolution peuvent être sujettes à discussion. Elle favorisera le populisme qui selon les époques et les croyances disqualifiera les plus pauvres, les plus normaux, ou les plus riches. Elle réduira ainsi encore l’hétérogénéité de nos dirigeants.

Par contre, renforcer l’obligation de déclaration des patrimoines,  des conflits d’intérêts et durcir les sanctions attachées aux fraudes de tous types serait un premier pas. Mettre en place une autorité chargée de vérifier sérieusement les patrimoines initiaux et finaux, les conflits d’intérêts,  les enrichissements en cours de mandat, et de publier toutes les infractions serait un autre pas. Mais pense-t-on qu’une autorité composée exclusivement de fonctionnaires et de politiques serait capable de restaurer la confiance ? Non, il faudrait évidemment y adjoindre un jury composé de citoyens sans conflit d’intérêt tirés au sort, un jury qui aurait évidemment lui-même des obligations sanctionnables de transparence et de confidentialité et qui ne serait en aucun cas renouvelable.

Mais cela ne suffirait pas encore, car la parole et les actions des pouvoirs ne nous sont connus qu’au travers des medias. Ces medias qui nous ont caché Mazarine, les maladies de tous nos Présidents, qui avaient si peu fait leur travail qu’ils ne nous ont parlé qu’après l’explosion des scandales du Mediator, des subprimes, de la viande de cheval ou de la réalité des paradis fiscaux pour ne prendre que quelques exemples. Ces medias donc qui ont, pour la plupart,  perdu notre confiance et qui contribuent ainsi au discrédit de l’action publique. Est-ce de l’incompétence, des conflits d’intérêts avec leurs actionnaires ou leurs annonceurs, des proximités un peu gênantes avec quelques amis ? Faute de savoir, étendons donc la transparence à ceux dont c’est le cœur de métier : les medias et leurs cadres. Pourquoi ne pas déclarer les actionnaires de chaque media et les chiffres d’affaire par annonceur, les multi-emplois, les revenus par source et les cadeaux des journalistes, producteurs et présentateurs.  Ne serait-ce pas rendre un grand service à la démocratie, aux politiques, aux medias eux-mêmes et à la population que de tendre ainsi vers une certaine responsabilité.

Mais c’est peut-être un rêve que d’imaginer les medias demander pour eux-mêmes les mesures de transparence qu’ils exigent des politiques, ou les politiques bravant, dans un souci salvateur, le pouvoir des médias.

L’impossible d’aujourd’hui est peut-être le possible de demain.

Une réflexion sur « Discrédit des politiques et des médias, réflexions sur la transparence »

  1.  »Encore un siècle de journalisme et tous les mots pueront. », comme disait Nietzsche, le plus français des philosophes allemands. N’empêche qu’il vaut surement mieux un excès de transparence que l’inverse ! Le juste milieu aristotélicien étant sans doute trop difficile à atteindre…

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