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Voyage en Pologne

 

Cet article est accompagné d’une galerie de photos entièrement documentées

Depuis près de mille ans, la Pologne, sans frontières géographiques claires, se défend contre tous les empires voisins : austro-hongrois, suédois, germanique… et bien entendu russe.  Après avoir été le plus grand état d’Europe, elle a totalement disparu durant 2 siècles, détruite par ses voisins.  Elle ne retrouvera son existence qu’après la 1ère guerre mondiale, puis sera martyrisée à nouveau, par les allemands d’abord, puis surtout par les russes qui l’ont trahie en 1939, amputée de 200 000 km2, massacrée durant la 2e guerre mondiale, asservie ensuite jusqu’en 1989. (voir Brève histoire de la Pologne à la fin de cet article)

Aujourd’hui elle garde le souvenir – justifié – d’avoir été abandonnée par les anglais, les français au début de la 2ème guerre mondiale, et par les américains à la fin.

Peut-être quelques-unes des causes de son nationalisme latent !

Et malgré tout, la Pologne, une fois de plus, se redresse avec un courage, un dynamisme et une capacité d’innovation que le simple touriste perçoit partout. Elle montre même une forte générosité en accueillant plus d’un million de réfugiés ukrainiens (en France 72 000) [1], un réalisme face aux menaces avec des dépenses de défense de 4.5% de son PIB (en France 2.05%), permises par une dette publique à fin 2025 de 55% de son PIB (en France 113%) [2] et une croissance qui dépasse celle de la France tous les ans depuis 20 ans (en 2024 3.7% contre 0.6% en France). En outre, malgré un niveau de vie encore inférieur et une inflation plus forte, les polonais sont plus heureux et plus optimistes que les français !

Il y a cependant une similarité avec la France : tous les camions sont polonais… et il est presque impossible de trouver un plombier.

Pour être plus sérieux, la Pologne offre au touriste un patrimoine exceptionnel, réparti sur tout le territoire, en très bon état, puisque souvent reconstruit après les destructions de la 2ème guerre mondiale et un niveau de service élevé dans la plupart des établissements. Malgré les difficultés de la langue, inaccessible au commun des mortels et à la prononciation totalement étrangère à l’orthographe, mais apprivoisée par Google et le fort nombre d’habitants parlant un peu anglais, la Pologne est un pays agréable au touriste.

La Pologne est l’état européen comptant la plus forte proportion de catholiques en Europe [3] (88%, dont une forte proportion -néanmoins en baisse- de pratiquants réguliers). L’église est omniprésente dans le pays, les églises sont pleines lors des très nombreuses célébrations, de nombreux médias sont catholiques, les structures des paroisses (prêtres, diacres, laïcs…) sont solides, même dans les villages, et leur rôle social est important, mais l’enseignement privé y est moins présent qu’en France. Cette présence catholique remonte à l’origine de la Pologne mais a été fortement entretenue par les persécutions qu’elle a subies de la part des différents envahisseurs, notamment soviétiques au dernier siècle. Le rôle du pape polonais Jean Paul II dans la chute du communisme est essentiel dans l’esprit de nombreux polonais et en fait un héros national, éclipsant ses successeurs et même Lech Walesa. Mais depuis l’indépendance, les liens entre cette église catholique et les conservateurs du PIS poussent une partie de la population, notamment la jeunesse urbaine, à s’éloigner de l’église. A noter, pour les touristes, que cette église, largement nationaliste et tournée plus vers ses fidèles que vers les touristes, ne propose pratiquement aucune traduction de ses brochures, sites ou documentations dans ses monuments.

L’autre point saillant du pays est l’importance des musées mémoriels mettant en avant les succès de la Pologne et/ou sa lutte contre ses multiples ennemis notamment russes et allemands. Ce n’est pas un hasard si le président nationaliste, élu de justesse en 2025, a contribué à ce sentiment nationaliste dans ses fonctions de directeur du musée de la seconde guerre mondiale de Gdańsk, puis de l’institut de la mémoire nationale. Notons également que de nombreux musées retracent les drames de la population juive, totalement anéantie lors de la 2èmeguerre mondiale.

Synthétiquement, la jeunesse -surtout urbaine- adhère aux valeurs européennes, le monde économique comprend les avantages de l’Europe, le peuple catholique est plus proche des valeurs conservatrices mais tous se retrouvent dans une russophobie assumée. L’attitude globale vis-à-vis de l’Europe pâtit un peu du sentiment d’une Europe trop proche géographiquement, avec une Allemagne dominante jusque récemment très ambivalente vis-à-vis de la Russie, ressentie comme une possible menace. La proximité avec les Etats-Unis, sans doute affaiblie par l’imprévisibilité de D. Trump et ses affidés, reposait surtout sur le sentiment d’un allié militaire puissant contre la Russie, assez éloigné géographiquement pour ne pas être dangereux. En fait les seuls occidentaux qui conservent une image intacte sont Napoléon 1er et Charles de Gaulle.

Quelques remarques plus quotidiennes :

  • Il n’y a pas d’heure de repas et les restaurants servent en général de 11h à 22 ou 23h. Si vous voulez manger seuls, gardez vos horaires français ! Si vous tenez au dessert, évitez le restaurant et pensez au goûter.
  • La discipline routière, surtout vis-à-vis des piétons, est totale : même sur une voie à grande circulation, la vue d’un piéton à proximité d’un passage nécessite un arrêt immédiat.
  • Internet est disponible à peu près partout et de bonne qualité. Les ressources en ligne sont étendues mais en polonais (merci Reverso ou Google).
  • Le français a presque disparu, au profit de l’anglais ou de l’allemand bien que de très nombreuses entreprises françaises soient présentes, surtout dans la distribution.
  • Les espèces sont très peu utilisées et les cartes bancaires sont acceptées partout, même pour de très petites sommes. Attention d’utiliser une carte sans frais de change et de bien préciser que vous payez en zlotys pour éviter des taux de change prohibitifs.
  • Comme dans tous les pays anciennement communistes, les premiers contacts sont souvent très réservés et il ne faut pas s’alarmer de l’absence du moindre signe lorsque vous vous effacez pour laisser passer dans un ascenseur, un escalier, un passage de porte…

Retrouvez ici les itinéraires, cartes et photos documentées du voyage

Brève histoire de la Pologne

 

L’ensemble de la région semble avoir été peuplé par des slaves à partir du VIIe-VIIIe siècle dont une tribu, les Polanes, qui ont plus tard donné leur nom à la Pologne. La langue et les croyances d’avant la christianisation (vers 863 par Cyrille et Méthode), sont d’origine slave.

En 966 Miezsko 1er (arrière-arrière-petit-fils supposé d’un mythique Piast le Charron), à la tête de la région depuis 960, fonde le pays en se faisant baptiser sous le titre de prince de Pologne et en convertissant le royaume au catholicisme. Il le place ainsi sous la protection de l’église[4] et le rend donc plus indépendant du Saint Empire romain germanique. La capitale est alors à Gniezno.

En 972, il vainc les forces des Marches de l’Est Saxonnes à la bataille de Cedinya (2km à l’est de l’Oder) et sécurise sa frontière. Cette victoire fut invoquée près de 1000 ans plus tard en 1945 pour justifier les revendications soviétiques de la frontière Oder Neisse[5] .

Boleslas 1er, fils de Miezsko, est, en 1024, le 1er à être couronné roi de Pologne.

Les conflits sont incessants avec la Russie, la Hongrie et le Saint Empire romain germanique, amplifiés par de nombreux conflits de succession. En 1039 Casimir 1er, dit le restaurateur, petit fils de Miezsko 1er, déplace la capitale à Cracovie et rétablit un royaume prospère.

Son fils, Boleslas II (1058-1079), très interventionniste dans les royaumes voisins, très opposé au Saint Empire et soutien indéfectible du Pape Grégoire VII dans les réformes grégoriennes dont surtout la querelle des investitures[6], est vivement contesté par ses « oligarques »[7] eux-mêmes soutenus par le Saint Empire et la Bohème. Craignant que Stanislas, évêque de Cracovie et aujourd’hui saint patron de Pologne, soit partie au complot, il le fait exécuter en 1079. Le roi est alors excommunié et doit fuir le pays.

La Pologne entre dans une longue période de décomposition. En 1226, l’un des princes fait appel à l’ordre des chevaliers teutoniques[8] contre les prussiens. Mais les chevaliers formeront peu à peu un royaume indépendant qu’ils agrandiront progressivement, au point de fermer l’accès de la Pologne à la mer. Ils prennent Gdansk en 1308 où ils massacrent 10 000 habitants puis attaquent la Lituanie. Il faudra attendre 1410 pour que les chevaliers teutoniques soient vaincus à Grunwald, entament un long déclin, et 1525 pour qu’ils soient définitivement sécularisés. Le XIIIe siècle connut aussi, entre autres, 3 invasions mongoles dont la célèbre bataille de Legnica qui, malgré la victoire de ces derniers, mit fin à l’invasion.

Casimir III, dit le Grand, règne de 1333 à 1370, met fin à cette triste période et redresse le pays, mais, faute d’héritiers, laisse le trône à son neveu Louis 1er de Hongrie qui lui-même décède en 1382 sans héritier mâle, désignant sa fille ainée Marie comme successeur au trône de Pologne. À la demande de la noblesse polonaise qui ne voulait pas de Marie, Hedwige d’Anjou (1374-1399), sa sœur, est nommée « roi de Pologne » en 1384, à l’âge de 10 ans. Elle doit épouser en 1386 le grand-duc de Lituanie, de 20 ans son ainé, qui deviendra Ladislas II Jagellon après qu’il se soit converti au catholicisme. La dynastie ainsi fondée régnera sur la Pologne et la Lituanie jusqu’en 1572. Canonisée en 1997 par le Pape Jean Paul II, Hedwige est aujourd’hui la sainte patronne de la Pologne.

Le siècle qui suit verra de nombreux conflits contre l’empire ottoman et contre la Moscovie jusqu’à la création de la république des deux nations (1569-1795) par l’accord de Lublin qui unit plus étroitement Pologne et Lituanie sous une monarchie non héréditaire où le souverain est élu à vie par la diète composée de nobles.  C’est le plus vaste et l’un des plus puissants états d’Europe qui comprend les territoires actuels de la Pologne, de la Lituanie, mais aussi de l’Ukraine, de la Biélorussie, de la Lettonie, de l’Estonie et l’extrémité ouest de la Russie.

La république accueille de nombreux juifs chassés du reste de l’Europe et établit lors de la confédération de Varsovie de 1573 la liberté religieuse sur son territoire. Le premier roi élu, en 1573, est un français, Henri de Valois, fils de Catherine de Médicis, qui s’enfuira en 1574 pour devenir roi de France sous le nom de Henri III. En Pologne, il a dû respecter la liberté religieuse, mais il ne résoudra pas les guerres de religions en France et finira assassiné.

Les deux siècles suivants sont marqués par des conflits permanents, principalement avec la Suède et la Russie mais aussi avec l’empire ottoman et la Prusse, qui affaiblissent considérablement la Pologne. Certains de ces conflits ont encore des échos aujourd’hui.

En 1733 une guerre de succession (la royauté n’est pas héréditaire) s’ouvre en Pologne et doit départager le favori des russes et des autrichiens de celui de la France, la Suède et la Bavière. Elle aboutit au traité de Vienne de 1738 qui, suite à l’intervention militaire de la Russie, donne la Pologne au premier en contrepartie de l’attribution de la Lorraine et du duché de Bar (aujourd’hui inclus dans la Lorraine) à la France, de la Toscane à l’empire romain germanique, des royaumes de Naples et de Sicile à l’Espagne et de Novare et d’une partie du duché de Milan à la Sardaigne.

En 1648, les cosaques des territoires orientaux de ce qui est aujourd’hui l’Ukraine se soulèvent, appuyés par la Crimée, et demandent la protection du Tsar de Russie qui intervient contre la Pologne, puis revendique et obtient en 1667 la partie de la Pologne située sur la rive orientale du Dniepr (déjà !)

En 1652 les diètes (nom local des parlements), soucieuses de l’égalité de chacun de leurs membres, introduisent le « liberum voto », qui donne à chaque noble un droit de veto sur toutes les décisions des diètes et institue donc un vote à l’unanimité qui paralysera le pouvoir, facilitera les entreprises de corruption par des pays étrangers et sera l’une des causes principales de la chute de la république des deux nations.

Dans cet affaiblissement général, le dernier roi de la Pologne indépendante, Stanislas II est élu en 1764. La Prusse, la Russie et l’Autriche s’entendent alors pour démembrer la Pologne et signent en 1772 un traité de partage (voir carte dans la galerie photo), avalisé par la diète polonaise.

Constatant la défaillance des institutions, la diète vote une nouvelle constitution en 1791 qui abroge le liberum voto, l’élection du roi, et limite donc fortement le pouvoir de la noblesse dont certains membres, ligués dans la Confédération de Targowica, préfèrent faire appel à la Russie qui envahit la Pologne en 1792, abolit la nouvelle constitution, et déclenche des revendications de la Prusse qui aboutissent au 2e partage de la Pologne en 1793 (voir carte).

Une insurrection polonaise contre cette domination russe et prussienne, menée par Tadeusz Kościuszko en 1794, initialement victorieuse à la bataille de Raclawicke, est vaincue à Praga (près de Varsovie) donnant lieu à un massacre de 20 000 civils par l’armée russe. Un 3e partage est effectué entre la Prusse, la Russie et l’Autriche qui fait disparaitre totalement la république des deux nations. La Pologne n’existe plus.

Un éphémère duché de Varsovie sera rétabli par Napoléon de 1807 à 1813.

Le congrès de Vienne (1815) attribue ce duché, appelé royaume de Pologne, à titre personnel au tsar de Russie avec une constitution séparée de celle de la Russie. Cracovie et ses alentours deviennent une « ville libre » sous tutelle conjointe des autrichiens, des prussiens et des russes. Plusieurs insurrections[9] tenteront de libérer la Pologne de sa tutelle mais ne parviendront qu’à resserrer la mainmise des russes pour finir par une incorporation totale dans l’empire russe et une annihilation des institutions culturelles polonaises et de la langue polonaise dans l’enseignement.

La révolution de 1905 en Pologne, n’amènera que des allègements partiels.

Le déclenchement de la 1ere guerre mondiale en 1914 voit d’abord une occupation complète de la Pologne par les empires centraux (avec un gouvernorat sous domination autrichienne à Lublin et un autre sous domination allemande à Varsovie). Certains leaders polonais (dont Pilsudski) défendront d’abord l’alliance avec les empires centraux (Allemagne-Autriche) pour se débarrasser des russes[10]. Après la révolution russe et le traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918 qui consacre la défaite des russes, les leaders polonais noueront une alliance avec les occidentaux contre les empires centraux. Le 11 Novembre 1918, Pilsudski proclame l’indépendance de la Pologne confirmée par le traité de Versailles du 28 juin 1919 (mais avec une frontière orientale non précisée) et prend la tête d’un gouvernement de coalition.

Les frontières sont précisées après une série de conflits avec la Russie ou l’Ukraine ou des soulèvements contre l’Allemagne. La situation sera stabilisée en 1921, plutôt au profit de la Pologne, par la paix de Riga signée avec la Russie, la Lituanie et l’Ukraine, et par des décisions de la Société des Nations pour la Silésie. La ville de Dantzig (actuellement Gdansk) est alors une ville indépendante et le seul accès à la mer Baltique de la Pologne est le fameux « corridor de Dantzig » situé juste à l’Ouest de celle-ci.

La situation intérieure sous cette 2e république est assez instable compte tenu de la diversité des populations et de l’absence d’unité antérieure. Les élections de 1922 ne donnent à aucun parti plus d’un quart des voix ; une période instable de déclin économique commence, qui amène à un coup d’état en 1926, instaurant un régime plus autoritaire jusqu’en 1939, avec Józef Piłsudski à sa tête jusqu’à sa mort en 1935. En 1932, un pacte de non-agression soviéto-polonais est signé, confirmé en 1934 et 1938. En 1934 un pacte de non-agression est signé entre Pilsudski et Hitler.

En 1939, devant les menaces croissantes, des accords militaires d’assistance sont signés entre la Pologne, la France (31 mars) et la Grande Bretagne (25 août). L’Allemagne de Hitler et l’Union soviétique de Staline signent le 23 août 1939, à la surprise générale, un accord public de non-agression, dit pacte germano-soviétique qui comprend de nombreuses clauses secrètes dont :

– le partage de la Pologne (attaquée le 1er septembre par l’Allemagne avec l’appui de Dantzig et de la Slovaquie, et le 17 septembre par les soviétiques, sans déclaration de guerre),

– l’attribution aux soviétiques de la Finlande (attaquée le 30 novembre par les soviétiques),

– l’attribution aux soviétiques des pays baltes (attaqués par les soviétiques les 18, 29 octobre et 3 novembre)

– l’attribution aux soviétiques de la Bessarabie (partie de la Roumanie occupée le 28 juin 1940).

Le pacte comprend aussi la remise des réfugiés russes aux soviétiques et la remise des opposants allemands à l’Allemagne. Dès l’invasion allemande du 1er septembre, la France et l’Angleterre déclareront la guerre à l’Allemagne le 3 septembre mais sans apporter d’aide réelle à la Pologne.

La résistance acharnée des Polonais est rendue caduque par l’attaque des soviétiques. La campagne polonaise se termine le 6 octobre sans capitulation, le gouvernement polonais et 100 000 soldats se réfugiant à l’ouest, en France d’abord, puis à Londres ensuite.

La Pologne est à nouveau démembrée :

  • 199 430 km2 annexés par l’URSS (et intégrés aux républiques socialistes de Biélorussie, d’Ukraine et de Lituanie, avec 13 millions d’habitants) ,
  • 189 000 km2 affectés à l’Allemagne dont une moitié annexée (comprenant 10 millions d’habitants) et l’autre confiée à un gouvernement d’occupation dit « Gouvernement Général de Pologne » (environ 10 millions d’habitants) qui est en fait une zone de non-droit livrée aux SS et au parti nazi destinée à être annexée plus tard.

Les deux occupants ont pour projet commun de supprimer toute identité ou culture polonaise afin d’éviter la renaissance ultérieure d’une nation polonaise. Jusqu’en juin 1941, leurs politiques de répression seront coordonnées.

Les allemands ont un projet racial : supprimer ou déporter les « polonais ethniques » et les juifs et peupler le pays d’allemands ethniques.

Les soviétiques ont un projet idéologique : suppression de la culture polonaise et soviétisation du pays par l’éradication des élites polonaises (officiers, cadres civils, intelligentsia, universitaires, religieux, « ennemis du peuple » …) et rééducation du peuple.

6 millions de civils polonais seront victimes de cette politique, dont 5,8 millions victimes des nazis[11], 150 000 des soviétiques (entre 1939 et 1941). 1 100 000 polonais de la zone soviétique sont arrêtés et déportés entre 1939 et 1941. Certains habitants des régions ukrainiennes de la Pologne, certains juifs, et certains polonais procommunistes ont initialement accueilli favorablement les soviétiques, mais leur enthousiasme fut vite douché, bien que l’URSS ait essayé de les monter contre les polonais ethniques. L’URSS n’a pas reconnu les prisonniers de guerre polonais comme tels mais comme rebelles. La quasi-totalité des officiers capturés ont été assassinés, notamment à Katyn. De très nombreux autres militaires envoyés au goulag.

Le 22 juin 1941, l’Allemagne envahit l’URSS, en commençant par la Pologne.

Le 30 juillet 1941, un accord rétablit les relations entre le gouvernement polonais en exil et l’URSS et les militaires polonais prisonniers encore vivants sont libérés. Mais cet accord est dénoncé en 1943 par les polonais, après la découverte des charniers de Katyn.

C’est à partir de 1941 que les juifs jusque-là concentrés dans des ghettos sont l’objet de la solution finale qui les anéantira dans les camps d’extermination.

L’armée polonaise en exil s’illustre aux côtés des alliés en Italie et en Normandie puis dans les combats ultérieurs.

A partir de début 1943, l’armée rouge reprend l’initiative et atteint la Pologne en 1944.

Le 1er août 1944, commence l’insurrection de Varsovie, encouragée par Radio Moscou. Mais les troupes soviétiques à proximité n’interviennent pas, et l’aviation alliée, à qui les soviétiques ont refusé l’accès à leurs aérodromes polonais, ne peut pas grand-chose. Staline, ravi, laisse écraser cette insurrection par les allemands, pensant qu’il serait ainsi plus facile de mettre en place un gouvernement communiste. La ville est détruite à 85%, 200 000 varsoviens sont morts et l’essentiel du reste est déporté par les allemands. Les troupes soviétiques peuvent entrer le 11 janvier 1945 !

Dès 1943, à la conférence de Téhéran, les alliés (GB, USA, URSS) définissent les futures frontières de la Pologne, avalisant sous la pression américaine le point de vue soviétique.

En 1945, les anglais ne reconnaissent plus le gouvernement polonais en exil à Londres, les troupes occidentales polonaises (qui furent 250 000) ne sont pas admises au défilé de victoire du 8 mai 1946 à Londres et sont dissoutes en 1947.

Après la conférence de Potsdam en 1945, les frontières de la Pologne moderne sont fixées : l’URSS conserve 172 171 km2 de l’est de la Pologne qui, en contrepartie reçoit à l’ouest 96 460 km2 précédemment allemands dont 7,5 millions d’allemands sont immédiatement chassés, remplacés par 4,5 millions de polonais dont 1,5 millions venant de l’est. La population de la Pologne est passée de 35 millions d’habitants en 1939 à 19 millions.

Les élections truquées de 1947 amènent les communistes au pouvoir, avec une emprise de plus en plus forte de l’URSS, contre laquelle la société polonaise résiste, assistée tout au long de la période par l’église catholique. Plusieurs révoltes ouvrières sont sévèrement réprimées (1953, 1956, 1968, 1976, 1980, 1981, 1982, 1988). En 1980 est créé le syndicat Solidarnosc, largement appuyé par le pape Jean Paul II. Il faudra attendre la chute de l’URSS pour que la Pologne retrouve son indépendance. Les troupes soviétiques quittent la Pologne en 1993, la Pologne rejoint l’OCDE en 1996, l’OTAN en 1999, l’union européenne en 2004. La constitution de la 3e république est adoptée en 1997.

Deux forces politiques principales s’expriment en Pologne dès l’indépendance :

  • une alliance de gauche, au pouvoir de de 1993 à 1997 et de 2001 à 2005,
  • une alliance de droite, issue de Solidarnosc et qui éclata ensuite entre :
    • Un mouvement populiste de droite anti européen, pro- américain, le PIS des frères Kaczynski au pouvoir de 2005 à 2007 et de 2015 à 2023 avec un président élu en de justesse en 2025 (50,89 contre 49,11 après un fort appui de l’administration américaine)
    • Un parti de droite démocrate-chrétien et pro-européen, la Plateforme civique de Donal Tusk au pouvoir de 2007 à 2014 et depuis 2023.

Si les relations avec l’Allemagne se sont apaisées, la méfiance et la crainte de la Russie restent entières dans la population et la classe politique. L’influence conservatrice de l’église catholique reste forte, quoiqu’en déclin.

[1] https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/carte-les-refugies-ukrainiens-dans-les-etats-membres-de-l-union-europeenne/

 

[2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2830286

 

[3] Après le Vatican bien sûr, https://atlasocio.com/classements/religions/christianisme/classement-etats-par-adherents-catholicisme-pourcentage-europe.php ou https://www.ekai.pl/wp-content/uploads/2021/09/FR-LEglise-en-Pologne-Donnees-de-base.pdf sur l’évolution de la religion en Pologne https://legrandcontinent.eu/fr/2023/09/20/la-pologne-est-elle-encore-catholique/

 

 

[4] La plus ancienne trace de cela est un document de 991, en latin, dénommé Dagome Ludex (transcription erronée de Ego Mesco dux, Moi duc Miezsko, dont seule une copie pleine d’erreurs de 1080 a été retrouvée au Vatican. Le domaine de Miezsko est dénommé dans ce document Shinesghe mais beaucoup pensent que c’est une transcription écorchée de Gniezno ou de Szczecin

[5] La Ligne Oder Neisse est à peu près la frontière actuelle entre la Pologne et l’Allemagne, qui fut imposée par Staline en 1945 à la conférence de Postdam, privant ainsi l’Allemagne de 100 000km2. Il fallut attendre les négociations sur la réunification de l’Allemagne en 1990, pour que l’Allemagne reconnaisse cette frontière.

[6] Au Xie s, les papes, jusqu’ici nommés par les empereurs, constatent que l’investiture des évêques par l’empereur du saint empire romain germanique a conduit à un affaiblissement de l’église et à de nombreuses dérives. La papauté décide d’abord en 1059 que les papes seront élus par les cardinaux et Grégoire VII décide en 1075 que l’investiture des évêques relèvera désormais du pape (comme l’intronisation des rois et empereurs et le célibat des prêtres). En 1076 l’empereur dépose le pape qui, en retour l’excommunie, le contraignant ainsi à demander le pardon du pape à Canossa, en 1077. Après de mulitples conflits intermédiaires, La querelle se terminera en 1122 par le concordat de Worms

[7] A l’époque, on les appelait « magnats »

[8] Originellement ordre hospitalier fondé à la fin du XIIe s à St Jean d’Acre (aujourd’hui Acre au Nord d’Israël) pour soigner, leurs compatriotes, puis les croisés et pèlerins, l’ordre se militarise rapidement et lance une croisade, au Nord de la Pologne actuelle, pour convertir les prussiens et les baltes, avec le projet ultérieur de convertir les russes. Il crée à partir de 1230 son propre état dans cette région et l’agrandira ensuite.

[9] 1830 déclenchant l’intervention de 180000 soldats russes et se terminant par une violente répression et le début de la grande émigration, 1846, 1848, 1863 qui reçoit un soutien moral de tous les libéraux d’Europe et, surtout du Pape, mais une intervention et une répression violente de la Russie, qui écrasent les insurgés en 1865

[10] D’autres feront l’inverse

[11] Dont la moitié de juifs. Les 2 millions de polonais morts dans les zones occupées par l’URSS sont comptés par la Russie comme pertes soviétiques et non comme victimes polonaises, ce que les polonais contestent.