Actionnaire de court terme

Pour une majorité d’actionnaires, l’horizon se rapproche

Il faut bien comprendre que dans une entreprise non cotée en bourse, l’actionnaire est engagé pour la durée de la société, en général plusieurs dizaines d’années, et qu’il ne peut en sortir qu’en cherchant un actionnaire qui rachèterait ses parts et prendrait sa place. S’il est minoritaire, c’est une opération souvent très compliquée, et s’il est majoritaire, c’est une vente de société, tout aussi compliquée. On comprend qu’il soit ainsi difficile pour une société non cotée de trouver des actionnaires mais on comprend tout autant qu’ils soient très attachés au long terme.
Pour remédier à cette difficulté, est apparue, surtout à partir du XIXe siècle, la bourse de valeurs, un marché d’échanges d’actions où chaque actionnaire peut venir offrir les actions qu’il veut vendre et où des acheteurs viennent indiquer leurs souhaits. Le rapport des acheteurs et des vendeurs fixe le prix. Sur ce marché, dit secondaire, l’achat d’actions n’est pas toujours un engagement à très long terme puisque l’actionnaire peut sortir assez facilement. L’entreprise ne reçoit aucune somme dans ces échanges et le cours de l’action n’a aucune influence directe sur son fonctionnement. Par contre le fait de rendre liquide le placement en actions facilite l’arrivée de nouveaux actionnaires sur le marché primaire (c’est-à-dire celui des émissions de nouvelles actions qui est le seul à apporter réellement de nouveaux capitaux à l’entreprise) donc la facilité pour les sociétés cotées d’augmenter leur capital si nécessaire.¹
Mais cette facilité a eu une autre conséquence : l’effacement du propriétaire dirigeant au profit de l’actionnaire investisseur² . De la notion de patrimoine, on est passé à celle de placement, puis à celle de support de placement. Et l’horizon même de ce placement ne cesse de diminuer, de 7-8 années dans les années 1950-1970 à 6 mois environ en 2014³
L’évolution des techniques financières a conduit à ce que, sur une période de 6 mois, les variations « accidentelles » de la valeur d’une action atteignent couramment 10 à 20% alors que le bénéfice par action sur la même période n’atteint souvent pas les 10% et le phénomène s’accentue encore lorsque la période de détention se raccourcit. Les propriétaires de court terme sont donc particulièrement sensibles à la seule valeur de l’action. Et cette valeur de l’action dépend autant de facteurs externes à l’entreprise (annonces des banques centrales, taux d’intérêt et ou d’inflation, anticipation de conjoncture mondiale…) que de facteurs internes à l’entreprise qui sont, (anticipation de bénéfice) ou ne sont pas, liés à la santé ou au développement de l’entreprise (projet de fusion ou de rachat, réduction de capital augmentant le bénéfice par action, entrée ou sortie d’un indice majeur type CAC40…).
De plus, ce marché boursier ne peut fonctionner qu’avec des divergences d’appréciation, voire d’information des acteurs puisque tout vendeur ne peut vendre qu’à un acheteur et réciproquement. Compte tenu de l’infinie rapidité des marchés[4], on peut ainsi assister à des variations très brutales sur une simple communication émise par l’entreprise, par des analystes ou des gourous dont nul ne sait quels sont leurs intérêts et objectifs réels, chacun ne pouvant gagner que s’il comprend une fraction de seconde avant « les autres ». La valeur de l’action, sur le court terme, diverge donc de plus en plus de la réalité de l’entreprise.
On comprend ici le rôle crucial de la communication qui tend de plus en plus à contrôler, voire à remplacer l’information.

[1] Pour avoir un ordre d’idées, la capitalisation boursière sur Euronext (Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Paris), c’est-à-dire la valeur totale des actions cotées au 1/1/2015 était de 2734 Mds€. Le volume annuel 2014 des transactions sur le marché secondaire était de 1535Mds€. Le montant des apports de capitaux sur le marché primaire actions était de 10,7 Mds€ (source Euronext Factbook 2014) .

[2] Encore que cette catégorie recèle des types très différents : du père de famille au trading haute fréquence en passant par les groupes industriels, les fonds, les fonds de pension….

[3] Source Euronext et nyse fact book 2014 (ce temps est encore plus court sur les marchés américains) NYSE, SG global strategy research cité par trendsetter.fr

[4] La SEC (Security Exchange Commitee) a remplacé sous outil de surveillance de la régularité des marchés à la milli seconde par un outil à la nanoseconde !!!!! car elle n’arrivait pas à suivre les manipulations de marché.

 

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