﻿{"id":433,"date":"2015-12-09T18:27:58","date_gmt":"2015-12-09T17:27:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/?p=433"},"modified":"2017-04-27T16:41:10","modified_gmt":"2017-04-27T15:41:10","slug":"lentreprise-au-coeur-de-nos-choix-de-societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/lentreprise-au-coeur-de-nos-choix-de-societe\/","title":{"rendered":"L\u2019entreprise au c\u0153ur de nos choix de soci\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019entreprise est au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de chacun, glorifi\u00e9e ou honnie, objet d\u2019attentions ou de luttes, espoir du monde ou fossoyeuse de la plan\u00e8te. Mais en fait qu\u2019est-ce qu\u2019une entreprise et en quoi est-elle porteuse ou non de choix de soci\u00e9t\u00e9s profonds ?<\/p>\n<p>Ayant constat\u00e9 aupr\u00e8s de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9tudiants que ces principes de base de notre soci\u00e9t\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas connus, nous allons faire\u00a0dans la premi\u00e8re partie de cet article\u00a0un expos\u00e9 assez didactique avant de revenir \u00e0 des r\u00e9flexions plus g\u00e9n\u00e9rales dans la deuxi\u00e8me partie. Mille pardons aux experts et \u00e0 ceux qui savent d\u00e9j\u00e0 tout cela, de leur\u00a0proposer ce rappel et les in\u00e9vitables simplifications n\u00e9cessaires \u00e0 sa compr\u00e9hension.<!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019une entreprise ?<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fondamentalement une entreprise est une organisation qui cr\u00e9e, avec le concours de diff\u00e9rents intervenants, des biens ou des services qu\u2019elle fournit \u00e0 des clients, usagers, membres\u2026.<br \/>\nParcourons rapidement les r\u00f4les et apports de chacun de ces intervenants (cf. fl\u00e8ches bleues du sch\u00e9ma ci-dessous) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; <strong>Les propri\u00e9taires<\/strong> (publics ou priv\u00e9s, voire membres dans une association)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o\u00a0\u00a0d\u00e9finissent l\u2019objet de l\u2019entreprise<br \/>\no d\u00e9finissent les statuts de l\u2019entreprise : sorte de constitution interne<br \/>\no fixent les objectifs de l\u2019entreprise (qui ne sont pas toujours affich\u00e9s)<br \/>\no nomment et r\u00e9voquent les dirigeants charg\u00e9s d\u2019atteindre ces objectifs<br \/>\no apportent une partie des fonds n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019entreprise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Les dirigeants<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o fondamentalement, sont charg\u00e9s d\u2019atteindre les objectifs fix\u00e9s<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[1]<\/u><\/a><br \/>\no proposent et mettent en \u0153uvre une strat\u00e9gie valid\u00e9e par les propri\u00e9taires<br \/>\no doivent animer et entrainer l\u2019ensemble des acteurs, partenaires et clients de l\u2019entreprise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Le personnel<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o Contribue, selon ses comp\u00e9tences et ses responsabilit\u00e9s, et avec plus ou moins d\u2019initiative selon sa fonction, \u00e0 la mise en \u0153uvre de la strat\u00e9gie et \u00e0 l\u2019atteinte des objectifs<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Les fournisseurs<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o apportent \u00e0 l\u2019entreprise des services (transports, expertise, conseils, information, assurances, sous-traitance\u2026) ou des biens (fournitures, pi\u00e8ces, mati\u00e8res) dont l\u2019entreprise ne dispose pas ou a choisi de ne pas disposer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Les organismes financiers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o apportent \u00e0 l\u2019entreprise des fonds (capital risque, emprunts, financements divers\u2026)<br \/>\no apportent des services (traitement des moyens de paiements, des changes, des couvertures de risques\u2026.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; L\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o assurent la formation initiale de la population<br \/>\no assurent des infrastructures mat\u00e9rielles, juridiques (lois et r\u00e8glements), administratives (cadastre par exemple) permettant l\u2019exercice des activit\u00e9s<br \/>\no assurent la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019ordre et la justice<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> &#8211; Les organismes sociaux<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o prennent en charge les personnels hors de leurs p\u00e9riodes de travail (maladie, ch\u00f4mage, invalidit\u00e9, retraite\u2026.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Les clients<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">o ach\u00e8tent les produits ou services de l\u2019entreprise<br \/>\no participent aux progr\u00e8s de l\u2019entreprise en faisant part de leurs attentes, du march\u00e9, parfois de leur savoir-faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ce flux de contributions g\u00e9n\u00e8re un flux financier inverse, (cf fl\u00e8ches jaunes du sch\u00e9ma ci-dessous) aliment\u00e9 principalement par les clients et dont une part est distribu\u00e9e \u00e0 chaque intervenant : b\u00e9n\u00e9fice (distribu\u00e9 ou non) aux propri\u00e9taires, r\u00e9mun\u00e9ration fixe et\/ou variable pour les dirigeants et le personnel, factures pour les fournisseurs, frais, commissions et int\u00e9r\u00eats pour les organismes financiers, imp\u00f4ts et taxes pour l\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales, cotisations sociales pour les organismes sociaux. Notons que, quel que soit le mod\u00e8le (priv\u00e9, public ou associatif), il n\u2019existe pas de solutions permettant des sorties financi\u00e8res durablement sup\u00e9rieures aux entr\u00e9es et que, par cons\u00e9quent le seul d\u00e9bat, l\u00e9gitime, est de savoir comment doit \u00eatre r\u00e9parti ce flux financier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-442\" src=\"http:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/schema-entreprise2-1024x724.jpg\" alt=\"schema entreprise\" width=\"474\" height=\"335\" srcset=\"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/schema-entreprise2-1024x724.jpg 1024w, https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/schema-entreprise2-300x212.jpg 300w, https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/schema-entreprise2.jpg 1754w\" sizes=\"auto, (max-width: 474px) 100vw, 474px\" \/><\/p>\n<p><em>Sch\u00e9ma : les flux de contributions des diff\u00e9rents acteurs et partenaires de l\u2019entreprise (en bleu) et le flux financier g\u00e9n\u00e9r\u00e9 (en jaune)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la plupart des entreprises, il est n\u00e9cessaire qu\u2019une somme ait \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 disposition de l\u2019entreprise, et y reste, pour assurer les financements qui doivent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s avant les recettes correspondantes. Cette somme totale\u00a0\u00a0est appel\u00e9e\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>capitaux permanents<\/strong> <\/span> : une partie de cette somme est fixe et correspond au financement des <span style=\"color: #0000ff;\">immobilisations (<span style=\"color: #000000;\">en gros la valeur actuelle des investissements pr\u00e9sents dans l&rsquo;entreprise<\/span>)<\/span>, une partie doit \u00eatre variable et finance ce qu\u2019on appelle le <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>besoin en fonds de roulement<\/strong><\/span>, c\u2019est-\u00e0-dire les stocks et encours de fabrication, le cr\u00e9dit aux clients en attente de paiement, les acomptes d\u2019imp\u00f4ts\u2026 moins les sommes pr\u00eat\u00e9es \u00e0 l\u2019entreprise par ses cr\u00e9anciers : cr\u00e9dit fournisseurs, salaires, charges et imp\u00f4ts en attente\u2026 La diff\u00e9rence capitaux permanents moins immobilisations est appel\u00e9e <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Fond de roulement<\/strong><\/span>. <strong><span style=\"color: #ff6600;\">C&rsquo;est une grandeur fondamentale de l&rsquo;entreprise\u00a0conditionnant la tr\u00e9sorerie de l&rsquo;entreprise qui est \u00e9gale au fond de roulement diminu\u00e9 du besoin en fond de roulement<\/span><\/strong>. Ce fond de roulement est essentiellement aliment\u00e9 par les propri\u00e9taires, les organismes financiers (\u00e0 titre temporaire) et le b\u00e9n\u00e9fice non distribu\u00e9 de l\u2019entreprise. Les capitaux permanents n\u00e9cessaires peuvent varier de quelques jours de chiffre d\u2019affaires (grande distribution) \u00e0 quelques mois (transports, industrie\u2026), voire quelques ann\u00e9es (viticulture, sylviculture..). En outre, plus le besoin en fonds de roulement est important, plus le financement n\u00e9cessaire \u00e0 un surcroit d\u2019activit\u00e9 est important, d\u2019o\u00f9 des difficult\u00e9s pouvant apparaitre dans les secteurs \u00e0 fort besoin lors de phases de forte de croissance\u2026 ou simplement d\u2019inflation. On comprend donc que la r\u00e9duction du besoin en fonds de roulement est un \u00e9l\u00e9ment\u00a0cl\u00e9 de la gestion des entreprises pour r\u00e9duire le besoin en capitaux et augmenter l\u2019aptitude \u00e0 la croissance. Mais on comprend aussi que plus le fond de roulement est sup\u00e9rieur au besoin en fond de roulement plus l&rsquo;entreprise est solide face \u00e0\u00a0des variations de contexte (ventes, niveau de stocks ou d&rsquo;en-cours, retards de paiement clients&#8230;). Tout comme on\u00a0comprend ais\u00e9ment que\u00a0plus la part d&#8217;emprunts dans les capitaux permanents est faible plus l&rsquo;entreprise est r\u00e9sistante \u00e0 des changements de conjoncture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette description appelle quelques commentaires:<br \/>\n&#8211; Il apparait imm\u00e9diatement que, contrairement aux apparences, le pouvoir dans l\u2019entreprise n\u2019appartient pas aux dirigeants pourtant expos\u00e9s au regard de tous mais aux propri\u00e9taires<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[2]<\/u><\/a>, qui sont aujourd\u2019hui pour l\u2019essentiel inconnus du public, voire m\u00eame parfois du personnel. Il est \u00e9galement \u00e9vident que le r\u00f4le des propri\u00e9taires leur impose de s\u2019inscrire dans la dur\u00e9e.<br \/>\n&#8211; Il apparait \u00e9galement que le r\u00f4le de ces propri\u00e9taires est indispensable, qu\u2019ils soient priv\u00e9s, publics, coop\u00e9ratifs ou associatifs ; qu\u2019il serait illusoire de penser que des propri\u00e9taires immobilisent leurs \u00e9conomies sur de longues dur\u00e9es, avec un risque de perte, et sans une contrepartie ; que le d\u00e9bat peut par contre porter sur le partage de pouvoir et de r\u00e9mun\u00e9ration entre eux d\u2019une part, et entre eux et les autres intervenants d\u2019autre part.<br \/>\n&#8211; Dans la th\u00e9orie lib\u00e9rale, l\u2019\u00e9change entre l\u2019entreprise et chaque intervenant est suppos\u00e9 libre , sauf jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment pour l\u2019\u00e9change avec la puissance publique. Il est donc th\u00e9oriquement \u00e9quilibr\u00e9, et chaque partie peut souscrire \u00e0 cet \u00e9change ou y mettre fin, avec plus ou moins de facilit\u00e9 selon le rapport de force du moment (cf la libert\u00e9 r\u00e9elle des salari\u00e9s des ann\u00e9es 1960 avec un taux de ch\u00f4mage inf\u00e9rieur \u00e0 2%, et celle d\u2019aujourd\u2019hui avec un taux de ch\u00f4mage sup\u00e9rieur \u00e0 10%)<br \/>\n&#8211; Le souhait op\u00e9rationnel de toutes les directions est que le flux financier distribu\u00e9 par l\u2019entreprise puisse s\u2019ajuster rapidement aux in\u00e9vitables variations du flux entrant. Mais le souhait tout aussi l\u00e9gitime de tous les intervenants de l\u2019entreprise est que leurs revenus soient stables. Cet \u00e9quilibre est un choix de soci\u00e9t\u00e9 qui, depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, a \u00e9t\u00e9 fait diff\u00e9remment dans les pays anglo-saxons, dans les pays nordiques et dans les pays latins. Nous reviendrons sur les cons\u00e9quences de ces choix, mais il est bien difficile de dire quel est celui qui est \u00e0 terme le plus favorable \u00e0 la population.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Imp\u00f4ts, taxes et cotisations sociales<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les imp\u00f4ts et taxes sont pr\u00e9lev\u00e9s par l\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales sur tous les types de revenus (travail, loyers, int\u00e9r\u00eats, plus-values\u2026), de patrimoines (taxes fonci\u00e8res, ISF, droits de mutation ou de successions\u2026), ou de consommation (TVA, taxes sur les carburants, taxe d\u2019habitation\u2026). En contrepartie, les services produits par l\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales le sont au profit de tous, ind\u00e9pendamment des imp\u00f4ts pay\u00e9s (s\u00e9curit\u00e9, \u00e9ducation, justice\u2026.).<br \/>\nA l\u2019inverse, les cotisations sociales<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[3]<\/u><\/a>\u00a0(maladie, ch\u00f4mage, retraite, invalidit\u00e9) ne sont pr\u00e9lev\u00e9es que sur les seuls revenus du travail et les prestations correspondantes ne sont vers\u00e9es qu\u2019aux cotisants ou anciens cotisants, plus ou moins proportionnellement aux cotisations vers\u00e9es (retraite, ch\u00f4mage par exemple)<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[4]<\/u><\/a>. C\u2019est donc une distinction essentielle, et on peut citer par exemple le cas des allocations familiales, qui \u00e9taient autrefois financ\u00e9es par les cotisations sociales, donc uniquement par les revenus du travail, et qui le sont maintenant par l\u2019imp\u00f4t, c\u2019est-\u00e0-dire par les revenus de tous types.<br \/>\nIl s\u2019agit donc d\u2019une solidarit\u00e9 des actifs envers ceux qui ne peuvent plus l\u2019\u00eatre pour des raisons diverses : maladie, invalidit\u00e9, ch\u00f4mage, \u00e2ge\u2026 Peut-on imaginer une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle cette solidarit\u00e9 n\u2019impliquerait pas une responsabilit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9ficiaires ? Est-il loyal d\u2019acheter des produits ou services \u00e0 des actifs qui ne cotisent pas (travail au noir, achat de produits \u00e9trangers ou expatriation de retrait\u00e9s) sous le seul pr\u00e9texte qu\u2019ils sont moins chers que ceux produits par les actifs qui cotisent ? Est-il loyal d\u2019utiliser le ch\u00f4mage comme une subvention \u00e0 des choix personnels (\u00e9lever des jeunes enfants, pr\u00e9parer une cr\u00e9ation d\u2019entreprise, faire des travaux, voire m\u00eame effectuer quelques petits travaux au noir\u2026) ? Est-il loyal de faire supporter \u00e0 la solidarit\u00e9 des actifs, au lieu d\u2019une assurance priv\u00e9e, les cons\u00e9quences de choix personnels (accidents de sports, de loisirs, cons\u00e9quence de conduite \u00e0 risque\u2026) ?<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Pr\u00e9cisions sur le syst\u00e8me de retraite<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne la retraite, nous avons en France un syst\u00e8me par r\u00e9partition, c\u2019est-\u00e0-dire que chaque ann\u00e9e les actifs cotisent et cette somme est r\u00e9partie dans la m\u00eame ann\u00e9e ( \u00e0 quelques provisions de pr\u00e9caution pr\u00e8s pour lisser le syst\u00e8me) entre les retrait\u00e9s. Ce syst\u00e8me est difficile \u00e0 \u00e9quilibrer car il d\u00e9pend du nombre de retrait\u00e9s (\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite, dur\u00e9e de vie et courbe historique de natalit\u00e9), du nombre d\u2019actifs (\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite et taux d\u2019emploi), et des revenus des actifs (conjoncture \u00e9conomique et productivit\u00e9). Il est une solidarit\u00e9 entre g\u00e9n\u00e9rations, un choix moral dans lequel les retrait\u00e9s vivent des efforts des actifs.<br \/>\nIl faut se souvenir que ce syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 mis en place dans les ann\u00e9es 1940 parce que le syst\u00e8me par capitalisation (chacun se constitue au cours de sa vie active un capital, classiquement plac\u00e9 dans des institutions financi\u00e8res, chez des assureurs ou en immobilier et vit de ses rentes \u00e0 la retraite) avait fait faillite, emport\u00e9 par les destructions, l\u2019inflation, les d\u00e9fauts de paiement de certains Etats\u2026 L\u2019histoire ne connait d\u2019ailleurs pas d\u2019exemple de syst\u00e8me par capitalisation qui ait tenu ses promesses sur de tr\u00e8s longues p\u00e9riodes, mais il est bien facile de comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de ceux qui pr\u00f4nent le retour \u00e0 un tel syst\u00e8me.<br \/>\nSans compter d\u2019ailleurs que le syst\u00e8me par capitalisation fait peser, de la m\u00eame mani\u00e8re que le syst\u00e8me par r\u00e9partition, les rentes des retrait\u00e9s sur les revenus des actifs qui paient l\u2019essentiel de ces rentes (int\u00e9r\u00eats, dividendes, loyers\u2026.), et qu\u2019il en a donc les m\u00eames fragilit\u00e9s. A moins que certains veuillent revenir au syst\u00e8me encore en vigueur dans la quasi-totalit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s rurales : l\u2019absence de tout syst\u00e8me financier de retraite, le soin des anciens \u00e9tant l\u2019affaire de leurs seuls enfants.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et le collaboratif ?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un mot ici sur la sympathique vogue du collaboratif et du partage. S\u2019il est certain que le fonctionnement collaboratif peut recr\u00e9er un lien social, renoue avec des valeurs humanistes qui nous manquent tant et avec un emploi plus efficace des moyens mat\u00e9riels, limitant ainsi la d\u00e9gradation de notre plan\u00e8te, il pose n\u00e9anmoins de redoutables questions quant aux syst\u00e8mes de protection sociale et de service public\u2026 \u00e0 moins que l\u2019on aille jusqu\u2019au bout de la d\u00e9marche : prise en charge par les voisins et la famille des anciens, des malades, des inaptes, des ch\u00f4meurs\u2026, d\u00e9livrance des services publics par des travaux collectifs b\u00e9n\u00e9voles\u2026 Ou \u00e0 moins que l\u2019on ne trouve des\u00a0calculs de cotisations sociales et d\u2019imp\u00f4ts\u00a0adapt\u00e9s \u00e0\u00a0ce type de fonctionnement, vaste chantier pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations!<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019internationalisation et la mise en concurrence de la puissance publique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, le monde a radicalement chang\u00e9 : la banalisation des transports, des communications<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[5]<\/u><\/a> et la d\u00e9mat\u00e9rialisation de certains services, entrainant la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes internationaux, a permis aux grandes entreprises:<br \/>\n&#8211; de <strong><span style=\"color: #3366ff;\">choisir les implantations<\/span> <\/strong>offrant la meilleure combinaison pour leurs activit\u00e9s, mettant ainsi en concurrence les Etats et collectivit\u00e9s. Selon l\u2019activit\u00e9 exerc\u00e9e, l\u2019entreprise peut affecter des poids diff\u00e9rents aux facteurs de choix : co\u00fbt avec charges sociales et qualit\u00e9 de la main d\u2019\u0153uvre, co\u00fbt et d\u00e9lai des transports, co\u00fbt et fiabilit\u00e9 des approvisionnements, co\u00fbt et qualit\u00e9 des services publics (niveau des imp\u00f4ts rapport\u00e9 au niveau des prestations fournies : s\u00e9curit\u00e9 physique et juridique, infrastructures physiques, qualit\u00e9 d\u2019enseignement, libert\u00e9 de circulation financi\u00e8re et mat\u00e9rielle, qualit\u00e9 de vie)&#8230; La sanction pour les Etats non adapt\u00e9s \u00e0 ces attentes est imm\u00e9diate : d\u00e9placement brutal, ou plus discret, des implantations dans un autre pays. Il serait d\u2019ailleurs trop facile de reprocher ce comportement aux seules entreprises puisque les consommateurs, oubliant souvent leur r\u00f4le de producteurs ou de b\u00e9n\u00e9ficiaires des syst\u00e8mes sociaux et \u00e9tatiques, souscrivent massivement \u00e0 ces choix par leurs achats.<br \/>\n&#8211; de <strong><span style=\"color: #3366ff;\">choisir les pays d\u2019imposition<\/span><\/strong> dans lesquels elles vont faire apparaitre les b\u00e9n\u00e9fices. Il faut bien comprendre qu\u2019il suffit pour cela de d\u00e9placer quelques pourcents de la valeur d\u2019un pays \u00e0 un autre en jouant sur les prix de transferts, les refacturations de frais de si\u00e8ge, de licences ou de services g\u00e9n\u00e9raux. Une entreprise peut ainsi exercer son activit\u00e9 dans un pays \u00e0 tr\u00e8s forte infrastructure tout en concentrant l\u2019essentiel de ses r\u00e9sultats dans un pays \u00e0 faible imposition. Il est d\u2019ailleurs difficile de reprocher aux entreprises cette optimisation fiscale tant qu\u2019elle reste respectueuse (ce qui n\u2019est pas toujours le cas!) de l\u00e9gislations que, collectivement, les gouvernements et leurs administrations ont \u00e9t\u00e9 incapables d\u2019harmoniser et d\u2019adapter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du monde.<br \/>\n<span style=\"color: #3366ff;\"><strong>On constate donc comment les progr\u00e8s techniques ont finalement conduit les grandes entreprises d\u2019une position de suj\u00e9tion \u00e0 l\u2019Etat \u00e0 une position de domination. L\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales, mises en concurrence et incapables d\u2019une action internationale coordonn\u00e9e sont donc confront\u00e9s \u00e0 un imp\u00e9ratif d\u2019efficacit\u00e9 et de productivit\u00e9 totalement nouveau auquel\u00a0ni leurs dirigeants, ni leurs personnels\u00a0ne sont pr\u00e9par\u00e9s.<\/strong><\/span><\/p>\n<h3>Vers une dissociation de notre soci\u00e9t\u00e9 ?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut en particulier constater les cons\u00e9quences de cette \u00e9volution dans une fiscalit\u00e9 et une politique sociale qui, m\u00e9nageant par n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique les grandes entreprises et, par souci de paix sociale, les classes populaires, concentrent leur pression sur les entreprises locales et les classes et entreprises moyennes. Cette pression cr\u00e9e chez ces derni\u00e8res une exasp\u00e9ration quotidienne, une suspicion vis-\u00e0-vis des classes populaires et un sentiment d\u2019injustice qui rend nombre d\u2019entre elles chaque jour un peu moins citoyennes, un peu plus individualistes, un peu plus\u00a0\u00e9go\u00efstes, un peu plus rebelles. Elle est d\u2019autant plus mal ressentie dans une d\u00e9mocratie qui, professant l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous, rend chacun seul responsable de sa situation alors que la rigidit\u00e9 des anciennes soci\u00e9t\u00e9s donnait \u00e0 chacun l\u2019excuse ou le r\u00e9confort de l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de sa condition<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[6]<\/u><\/a>. Cette pression justifie \u00e9galement aux yeux de beaucoup une course quotidienne aux petites mais innombrables fraudes fiscales et sociales qui finissent d\u2019\u00e9branler ainsi un mod\u00e8le social qui semble pourtant envi\u00e9 par une grande partie des populations de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce survol de l\u2019entreprise au c\u0153ur de nos choix de soci\u00e9t\u00e9, nous examinerons dans de prochains articles les cons\u00e9quences de ces \u00e9volutions sur le fonctionnement interne des entreprises et sur le fonctionnement de la puissance publique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><em><strong><u><span style=\"color: #0066cc;\">[1]<\/span><\/u><\/strong><\/em><\/a><em> De mani\u00e8re pratique il est plus efficace de d\u00e9duire de leurs actions les objectifs r\u00e9els qu\u2019ils doivent atteindre plut\u00f4t que de les taxer d\u2019incomp\u00e9tence dans la poursuite d\u2019objectifs dont nous r\u00eavons.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><u><span style=\"color: #0066cc;\">[2]<\/span><\/u><\/a> <em>Dans de nombreuses PME, les propri\u00e9taires et les dirigeants sont confondus, ce qui n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la distinction des r\u00f4les, m\u00eame si cela induit un plus grande tol\u00e9rance des premiers vis-\u00e0-vis\u2026 d\u2019eux-m\u00eames\u00a0! Pour des raisons d\u2019efficacit\u00e9, dans de nombreuses entreprises les propri\u00e9taires sont repr\u00e9sent\u00e9s entre les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales par des administrateurs. Dans les associations, le r\u00f4le des propri\u00e9taires est tenu par les membres de l\u2019association (qui ne sont \u00e9videmment pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s). Dans les administrations, les propri\u00e9taires th\u00e9oriques sont les citoyens, repr\u00e9sent\u00e9s par leurs \u00e9lus.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><em><strong><u><span style=\"color: #0066cc;\">[3]<\/span><\/u><\/strong><\/em><\/a> <em>Le d\u00e9bat franco fran\u00e7ais entre les cotisations patronales et les cotisations salariales est une d\u00e9magogie idiote. L\u2019entreprise d\u00e9bourse une certaine somme\u00a0: sur cette somme sont pr\u00e9lev\u00e9es les cotisations salariales <strong>et<\/strong> patronales, le salari\u00e9 re\u00e7oit ce qui reste. La r\u00e9partition entre cotisations salariales et patronales n\u2019y change rien d\u2019autre que l\u2019ego des \u00ab\u00a0partenaires sociaux\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><em><strong><u><span style=\"color: #0066cc;\">[4]<\/span><\/u><\/strong><\/em><\/a> <em>Nous \u00e9luderons ici le cas de la CSG (contribution sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e) et de ses annexes, pr\u00e9lev\u00e9es comme des imp\u00f4ts sur tous les revenus et principalement utilis\u00e9es comme des cotisations sociales. La cour de justice de l\u2019union europ\u00e9enne et le conseil constitutionnel n\u2019ont toujours pas r\u00e9ussi apr\u00e8s 20 ans \u00e0 se mettre d\u2019accord sur la nature exacte de la CSG. <\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><u><span style=\"color: #0066cc;\">[5]<\/span><\/u><\/a> <em>Voir l&rsquo;article\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/ineluctable-progres\/\"><u><span style=\"color: #0066cc;\">In\u00e9luctable progr\u00e8s<\/span><\/u><\/a>\u00a0 dans ce m\u00eame blog.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><em><strong><u><span style=\"color: #0066cc;\">[6]<\/span><\/u><\/strong><\/em><\/a><em> On lira avec profit sur ce th\u00e8me le livre de Dominique Schnapper \u00ab\u00a0L\u2019esprit d\u00e9mocratique des lois\u00a0\u00bb \u00e9dit\u00e9 chez Gallimard .<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019entreprise est au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de chacun, glorifi\u00e9e ou honnie, objet d\u2019attentions ou de luttes, espoir du monde ou fossoyeuse de la plan\u00e8te. Mais en fait qu\u2019est-ce qu\u2019une entreprise et en quoi est-elle porteuse ou non de choix de soci\u00e9t\u00e9s profonds ? Ayant constat\u00e9 aupr\u00e8s de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9tudiants que ces principes de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/lentreprise-au-coeur-de-nos-choix-de-societe\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L\u2019entreprise au c\u0153ur de nos choix de soci\u00e9t\u00e9<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":444,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-433","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-regard-citoyen"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/433","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=433"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/433\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":630,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/433\/revisions\/630"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media\/444"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=433"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=433"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.loeilpantois.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=433"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}