Texte de Nina

Mon très cher Papi,

La route défile. On est presque arrivé. Demi-tour devant le Crédit Agricole, pour mettre la voiture dans le bon sens. Le portail est déjà ouvert. On avance doucement. Ça passe, tout le monde le sait. Mais la manœuvre est délicate.

On décharge la voiture. On monte par quatre les marches pour venir t’embrasser. Tu nous questionnes sur la route et tu nous demandes : quelle chambre on choisit, si une soupe va à tout le monde, avec une salade de choux fleur aux crevettes. On valide et on réfléchit aux repas des jours suivants.

Je prends mon sac et je file dans la chambre du fond, sans oublier de faire glisser le tapis. Dans la chambre je vérifie que le serpent est toujours dans son bocal de formol, que la couette à fleurs est à sa place. Je la prends avant que JB ou Vincent ne la prennent. Ensuite, visite des écuries à la recherche de l’objet rare ou de quelque chose à bricoler.

Dans ces jours passés à Bellême, on t’entendra dire, les yeux mi-clos, que tu ne dormais pas. Que la salle de bain est libre, alors que nous sommes au petit déjeuner depuis 20mn. Que c’est fou qu’on ne sache pas que Gilles et Milène sont en voyage, et tu me feras croire que JB et Clara ont trouvé une ferme dans le Sud pour s’y installer. On aura la joie d’entendre une anecdote sur la farce que tu n’auras pas pu t’empêcher de faire et on aura aussi tes commentaires sur les politiques actuelles. On reparlera de nos vacances et des cousinades. De ce qu’on a trouvé sans que tu le vois. Et des kilos de framboises englouties.

Et je me dis que j’aimerais bien que Marius connaisse la liberté qu’on a eu ici. Les vacances à la campagne, les cabanes dans les arbres, tes opérations sur les chats, les repas à heure fixe, Charlie Chaplin et les pique-niques en voiture.

Je te revois lui donner le biberon avec tes yeux rieurs. Et ça me plait.

Je te remercie mille fois. Et mes mots sont faibles. On s’est construits à Bellême, on a grandi ici, on a appris à se connaitre. Tu es un Papi et un homme dont je serais fière toute ma vie. Tes anecdotes, ton humour, ta force seront toujours avec nous.

Je t’embrasse jusque là où tu es.

Nina.