Texte de Jean Claude

Papa,

J’ai passé les dernières heures auprès de toi
accompagné de Jacques et Liliane
et des personnes du service hospitalier d’Alençon,
admirables, notamment les personnes travaillant la nuit.

Je savais que c’était un privilège d’être auprès de toi,
et  je pensais à Gilles et Milène, à tes petits enfants, à Nina en particulier, si loin, et  qui ne pourraient pas arriver à temps. Tu  as parlé, pourtant, avec chacun d’entre eux, au téléphone jusqu’au dernier jour.

Le diagnostic était tombé, sans échappatoire.
Et toi sans t’y attarder, tu semblais satisfait
d’avoir trouvé le repos dans ce lit d’hôpital,
enfin un soulagement à ta douleur du matin.

Dans ce lit, tu retrouvais ta tranquillité physique et tu me disais les choses en cours, ne pas oublier le poisson rouge, l’enveloppe sur ton bureau à envoyer…le paiement d’une amende !

En t’écoutant, je savais que la gravité de ton état tournait dans nos têtes, nous les quatre médecins de la famille à la recherche obsédante d’une piste pour te soigner.

Notre révolte devant la défaite !
On pourrait dire que la défaite était ton seul ennemi
tu savais si bien la combattre
la détourner, la dépasser par ton courage, ta volonté
ta détermination, tes savoirs.

Combien de fois nous as tu dit :
il ne faut jamais s’avouer vaincu avant d’avoir gagné !

Quelle jolie phrase, quel guide pour la vie, dit avec cet humour malicieux  que tu aimais tant pratiquer !

Et puis au fil des heures tu t’en allais peu a peu vers le sommeil,
alors je repensais à tous nos moments partagés
à ta discrétion, ta réserve, ta pudeur, tes colères aussi,
ta curiosité pour tout, ton besoin d’apprendre, ta capacité à voir les différences chez les autres et à t’y opposer si besoin.

Tu gardais tant d’amis, de relations, de tous les âges, de tous les milieux. Et tu mettais en lien tout ce petit monde.

Pour nous tes enfants, je dirais même  les enfants de la famille, tu as été un appui, un soutien et une opposition critique et bienveillante.
Le véritable amour pour les enfants n’est ce pas exactement cela ?

En milieu de nuit , juste avant ton dernier souffle, il m’est venu une phrase tellement bizarre

Ça valait vraiment le coup de te connaitre !
et je suis très fier d’être ton fils.