Plaidoyer pour une utopie constructive

Depuis 30 ans, la France va de plus en plus mal. Sa voix s’éteint, son économie s’étiole, son école recule, son moral s’effondre. Même les plus désespérés des réfugiés d’un ancien protectorat français refusent de demander l’asile dans un pays aussi déprimant et l’on voit dans certaines compagnies aériennes africaines d’amusantes publicités attendant avec gourmandise le jour prochain où l’homme blanc émigrera vers l’Afrique ! Une candidate à la primaire américaine, pourtant démocrate, réfutait péremptoirement son adversaire d’un méprisant « nous ne sommes pas la France » et nos voisins les plus proches regardent avec tristesse ce que nous sommes devenus.
Nous avons pourtant la meilleure administration du monde et les politiques les mieux formés du monde. Ce sont d’ailleurs les mêmes. Nous nous prétendons référence morale du monde et pays des droits de l’homme mais notre taux d’accueil des réfugiés est ridicule devant ceux du Liban, de la Jordanie, de la Turquie, de la Norvège, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Suède, de l’Allemagne et de tant d’autres. Nous serions un exemple de générosité mais notre aide au développement, en pourcentage du PIB, est bien loin de celles de la Suède, du Royaume Uni, de l’Allemagne, de la Norvège, du Danemark ou des Pays Bas. Nous avons un système social que le monde entier nous envie mais notre taux de chômage est plus élevé que celui de la plupart de nos compétiteurs et reste le seul à ne pas baisser. En pourcentage de notre PIB, notre déficit public est le 8e plus important des 28 pays de l’UE, notre dette est la 8e de l’UE et la 15e plus importante du monde, notre balance des paiements reste déficitaire alors que les taux d’intérêts et le pétrole sont au plus bas. Notre système éducatif descend avec constance dans les profondeurs des classements internationaux et, bien que le reste du monde développé soit réputé aux mains d’un capitalisme cupide et inhumain, il y a plus de français (et d’entreprises) qui émigrent vers ces pays que l’inverse.
Pour mettre fin à nos difficultés, l’extrême gauche rêve de supprimer toute concurrence en imposant notre confortable modèle au reste du monde et l’extrême droite de nous enfermer dans un terrier qui nous protégerait de la violence du monde. Et, depuis des décennies, dignes héritiers de l’inoubliable Maginot, ces extrêmes spectaculaires que les medias surexposent bloquent toute tentative d’évolution de notre société et nous enferment dans un inéluctable déclin.
La droite, pour séduire ses extrêmes, se caricature dans une populiste inhumanité et la gauche, pour gérer les siens, se paralyse dans un débat stérile entre utopie et réalité.
Certes, dans son célèbre discours à la jeunesse, Jaurès disait que le courage, « c’est d’aller à l’idéal », mais il ajoutait aussitôt « et de comprendre le réel ». Un réel intangible et têtu qui n’est pas toujours plaisant. L’extrême gauche oublie que ce ne sont pas les peuples les plus détendus qui imposent leur voix au monde, mais ceux qui ont la plus grande force morale, donc la plus grande force tout court; l’extrême droite oublie qu’aucune barrière n’a jamais arrêté la marche des peuples.
Et nous avons tous oublié la vénéneuse séduction des faiseurs de miracles, ceux qui divinisent et exaltent les masses et les fougueuses jeunesses de toutes les époques pour en faire la chair à canon de leurs funestes utopies. Faut-il rappeler l’enthousiasme qui a accompagné les « libérateurs » de l’Afrique, du Maghreb, du Moyen orient, de l’Asie ou de l’Amérique du Sud, les fascismes européens, la révolution russe et tant d’autres qui, à peine arrivés au pouvoir, se sont mués en dictateurs et se sont incrustés jusqu’à ce que de nouvelles et sanglantes batailles ne les en chassent. Faut-il rappeler que les succès ont la plupart du temps été obtenus par des leaders modérés.
Alors reprenons nos esprits, chassons ces démons et retrouvons la réalité : le monde des bisounours et des miracles n’existe pas. Il n’est pas de réussite sans effort, il n’y a pas d’effort sans courage. L’ enthousiasme est indissociable du risque, comme tout projet l’est de l’espoir. Il n’est pas de paix ni de société durable sans solidarité ni justice. Le monde que les technologies rétrécissent progressivement met tous les peuples en contact de plus en plus étroit suscitant ainsi comparaisons, espoirs, peurs et concurrence. De ce vaste mouvement ne peuvent naître qu’ouverture et rééquilibrages progressifs ou isolement et conflits violents. Et comme depuis toujours les modèles sociaux et les cultures qui en sortiront seront ceux des plus puissants et des plus déterminés. Il n’existe donc qu’une solution d’avenir : retrousser nos manches, ouvrir nos cœurs et nos esprits pour peser dans la construction d’une Europe enfin unie, juste, libre, efficace et solidaire, une Europe capable de prendre sa place dans la construction du monde de demain.
Alors sans doute saurons-nous trouver des hommes politiques à la hauteur de nos préoccupations.

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